Les cardiologues considèrent généralement les statines comme des médicaments utiles et bien évalués lorsqu’elles sont prescrites à une personne dont le risque cardiovasculaire le justifie. Leur message principal n’est pas de les prendre à tout prix, ni de les refuser systématiquement : il est d’évaluer le rapport bénéfice-risque, de surveiller la tolérance et de ne pas arrêter seul en cas de doute.
En bref :
- Les cardiologues ne prescrivent pas les statines uniquement pour “faire baisser un chiffre”, mais pour réduire un risque cardiovasculaire.
- Le bénéfice est surtout important chez les personnes ayant déjà eu un infarctus, un AVC, une artérite ou une maladie cardiovasculaire.
- En prévention primaire, la décision dépend du niveau de risque global, pas seulement du cholestérol.
- Les effets indésirables, notamment musculaires, sont reconnus et doivent être signalés.
- Il ne faut pas arrêter une statine sans avis médical, surtout en cas de risque élevé.
- Si une statine est mal tolérée, les cardiologues peuvent proposer une dose plus faible, une autre statine ou un traitement complémentaire.
Cet article complète le dossier SGCA sur les statines dangereuses ou à surveiller. Il aide à comprendre pourquoi les cardiologues continuent à les prescrire malgré les controverses, tout en reconnaissant les effets indésirables possibles.
Sommaire
Le message des cardiologues : les statines ne sont ni miraculeuses ni inutiles

Le discours des cardiologues est souvent plus nuancé que les débats publics. Les statines ne sont pas présentées comme des médicaments parfaits, mais comme des traitements efficaces dans des situations précises, surtout lorsque le risque cardiovasculaire est élevé.
Leur objectif principal est de réduire le risque d’événements comme :
- l’infarctus du myocarde ;
- l’accident vasculaire cérébral ;
- la récidive après un événement cardiovasculaire ;
- l’aggravation d’une artérite des jambes ;
- certaines complications liées à un LDL-cholestérol élevé.
Pour un cardiologue, la question n’est pas seulement “le cholestérol est-il élevé ?”, mais “quel est le risque réel d’accident cardiovasculaire si rien n’est fait ?”.
C’est aussi pour cette raison que deux personnes avec le même taux de LDL-cholestérol peuvent recevoir deux conseils différents.
Pourquoi les cardiologues prescrivent-ils encore des statines ?
Les cardiologues prescrivent encore des statines parce que leur efficacité a été étudiée depuis longtemps, notamment chez les personnes à risque cardiovasculaire élevé ou ayant déjà eu un événement cardiovasculaire.
Dans ces situations, la statine n’est pas seulement un médicament contre le cholestérol. Elle fait partie d’une stratégie plus large qui peut aussi inclure :
- l’arrêt du tabac ;
- le contrôle de la tension artérielle ;
- le traitement du diabète ;
- l’activité physique adaptée ;
- l’alimentation équilibrée ;
- la perte de poids si nécessaire ;
- d’autres traitements cardiovasculaires selon les antécédents.
Le traitement vise à réduire le LDL-cholestérol, souvent appelé “mauvais cholestérol”, parce qu’il participe au développement des plaques d’athérome dans les artères.
Pour comprendre les traitements possibles lorsque les statines sont mal tolérées, consulter aussi : quel médicament peut remplacer les statines ?
Ce que disent les cardiologues en prévention secondaire
La prévention secondaire concerne les personnes qui ont déjà eu une maladie cardiovasculaire ou un événement cardiovasculaire. Dans ce contexte, les cardiologues sont généralement plus fermes sur l’intérêt d’un traitement hypolipémiant.
Sont souvent concernés les patients ayant eu :
- un infarctus ;
- un AVC ou un accident ischémique transitoire ;
- une artérite des membres inférieurs ;
- une pose de stent ;
- un pontage coronarien ;
- une maladie coronaire connue ;
- une hypercholestérolémie familiale avec risque élevé.
Dans ces situations, arrêter une statine sans solution de remplacement peut exposer à une perte de protection cardiovasculaire. C’est pourquoi l’avis médical est indispensable avant toute modification.
Ce point est détaillé dans notre article : peut-on arrêter les statines du jour au lendemain ?
Ce que disent les cardiologues en prévention primaire
La prévention primaire concerne les personnes qui n’ont pas encore eu d’infarctus, d’AVC ou d’événement cardiovasculaire connu. Dans ce cas, la décision est plus individualisée.
Les cardiologues ne se basent pas uniquement sur le taux de cholestérol total. Ils évaluent le risque cardiovasculaire global, en tenant compte de plusieurs facteurs.
Les éléments importants sont notamment :
- l’âge ;
- le sexe ;
- la tension artérielle ;
- le tabagisme ;
- le diabète ;
- les antécédents familiaux ;
- le LDL-cholestérol ;
- le HDL-cholestérol ;
- la fonction rénale ;
- le poids, le mode de vie et les autres maladies.
Chez une personne à faible risque, les mesures d’hygiène de vie peuvent être privilégiées en premier. Chez une personne à risque élevé, une statine peut être discutée plus tôt.
Pour l’approche non médicamenteuse, voir aussi : comment faire baisser son cholestérol sans statines ?
Les cardiologues minimisent-ils les effets secondaires ?
Non, les recommandations médicales reconnaissent les effets indésirables possibles des statines. Les plus discutés sont les douleurs musculaires, les crampes, la faiblesse musculaire, les troubles digestifs et certaines anomalies du bilan sanguin.
En revanche, les cardiologues rappellent aussi que tous les symptômes ressentis sous statine ne sont pas automatiquement causés par la statine. Une douleur à la jambe peut venir d’une sciatique, d’une arthrose, d’une artérite, d’un effort inhabituel, d’une hypothyroïdie ou d’un autre médicament.
Leur approche consiste donc à :
- écouter le symptôme ;
- vérifier la chronologie ;
- chercher les interactions médicamenteuses ;
- évaluer la dose ;
- demander une prise de sang si nécessaire ;
- adapter le traitement au lieu de l’arrêter brutalement ;
- maintenir une stratégie de protection cardiovasculaire.
Un effet indésirable ne doit pas être nié. Mais il doit être évalué pour éviter deux erreurs : poursuivre un traitement mal toléré sans adaptation, ou arrêter à tort un traitement utile.
Pour les douleurs musculaires, consulter : comment se débarrasser des douleurs musculaires causées par les statines ?
Ce que les cardiologues disent sur les douleurs aux jambes
Les douleurs aux jambes sont un motif fréquent d’inquiétude. Les cardiologues et médecins recherchent d’abord si la douleur correspond vraiment à une douleur musculaire liée à la statine.
| Situation | Interprétation possible | Réflexe conseillé |
|---|---|---|
| Courbatures diffuses dans les deux jambes | Effet musculaire possible, surtout après début ou hausse de dose. | Contacter le médecin pour évaluer la statine, la dose et les interactions. |
| Crampes répétées | Effet musculaire possible, mais aussi déshydratation, effort ou autre cause. | Noter la fréquence, les horaires, les médicaments et les efforts récents. |
| Faiblesse musculaire importante | Symptôme à prendre au sérieux. | Demander un avis médical rapidement. |
| Urines foncées avec douleurs musculaires | Atteinte musculaire sévère possible. | Consulter rapidement. |
| Douleur du mollet à la marche, calmée par l’arrêt | Artérite possible, pas forcément liée à la statine. | Consulter pour évaluer la circulation des jambes. |
Ce tableau aide à préparer la consultation. Il ne permet pas de poser un diagnostic.
Pour distinguer ces situations, lire aussi : pourquoi les statines font-elles mal aux jambes ? et quels sont les symptômes des artères bouchées dans les jambes ?
Les cardiologues préfèrent-ils certaines statines ?
Les cardiologues ne choisissent pas une statine uniquement selon son nom. Ils tiennent compte de la baisse de LDL recherchée, des interactions possibles, de l’âge, des maladies associées et de la tolérance du patient.
Par exemple, une statine plus puissante peut être utile lorsque l’objectif de LDL est difficile à atteindre. À l’inverse, une statine avec moins d’interactions peut être préférée chez une personne qui prend déjà plusieurs médicaments.
Le choix dépend notamment :
- du niveau initial de LDL-cholestérol ;
- de l’objectif de baisse ;
- du risque cardiovasculaire ;
- des antécédents de douleurs musculaires ;
- des interactions médicamenteuses ;
- du bilan hépatique et rénal ;
- de l’âge et de la fragilité ;
- de la réponse aux traitements déjà essayés.
Pour comparer les profils de tolérance, consulter : quelle est la statine la moins nocive ?
Que disent les cardiologues sur les statines et le foie ?
Les cardiologues savent que les statines peuvent modifier certains marqueurs du foie, notamment les transaminases. Dans la plupart des cas, ces anomalies sont modérées et surveillées selon le contexte.
Une prudence particulière est nécessaire en cas de maladie du foie active, de transaminases fortement ou durablement élevées, de consommation importante d’alcool ou d’association avec certains médicaments.
Les signes à signaler rapidement sont :
- jaunissement de la peau ou du blanc des yeux ;
- urines très foncées ;
- selles pâles ;
- démangeaisons importantes ;
- fatigue inhabituelle ;
- perte d’appétit ;
- douleur sous les côtes à droite.
Un bilan hépatique anormal ne signifie pas toujours qu’une statine doit être arrêtée. Il doit être interprété selon le niveau d’élévation, les symptômes et les autres causes possibles.
Pour approfondir ce point, lire : quelle statine provoque le moins de dommages au foie ?
Les cardiologues recommandent-ils des alternatives aux statines ?
Oui, lorsqu’une statine est mal tolérée, insuffisante ou contre-indiquée, les cardiologues peuvent proposer d’autres traitements. Le plus souvent, ils ne les présentent pas comme des remplacements automatiques, mais comme des outils à utiliser selon le niveau de risque et l’objectif de LDL.
Les options possibles sont :
- l’ézétimibe ;
- l’acide bempédoïque ;
- les anti-PCSK9, comme l’alirocumab ou l’évolocumab ;
- l’inclisiran dans certaines situations spécialisées ;
- la colestyramine dans certains cas ;
- une faible dose de statine associée à un autre traitement ;
- des mesures d’hygiène de vie renforcées.
Le choix dépend du profil. Une personne à très haut risque cardiovasculaire ne sera pas traitée comme une personne ayant seulement une élévation modérée du cholestérol sans autre facteur de risque.
Pour comparer les options, consulter : quel est le médicament le plus efficace contre le cholestérol sans statine ?
Que disent les cardiologues aux patients qui veulent arrêter ?
Le message est généralement clair : ne pas arrêter seul. Mais cela ne veut pas dire que le patient doit subir un traitement mal toléré sans solution.
Si un patient souhaite arrêter, le cardiologue peut réévaluer :
- le niveau de risque cardiovasculaire ;
- les antécédents d’infarctus, AVC, artérite ou stent ;
- le niveau actuel de LDL ;
- l’objectif à atteindre ;
- les effets indésirables ressentis ;
- les autres médicaments ;
- les statines déjà essayées ;
- les alternatives possibles.
Le bon compromis peut être une dose plus faible, une autre statine, une association avec l’ézétimibe ou un traitement sans statine, plutôt qu’un arrêt complet non encadré.
Le sujet est détaillé ici : peut-on arrêter les statines du jour au lendemain ?
Le rôle de l’alimentation selon les cardiologues
Les cardiologues ne résument pas le traitement du cholestérol aux médicaments. Les mesures d’hygiène de vie restent une base importante, que la personne prenne ou non une statine.
Les mesures généralement recommandées sont :
- réduire les graisses saturées ;
- augmenter les fibres alimentaires ;
- privilégier légumes, fruits, légumineuses et céréales complètes ;
- favoriser les huiles riches en acides gras insaturés ;
- limiter les aliments ultra-transformés ;
- marcher ou pratiquer une activité physique adaptée ;
- arrêter le tabac ;
- limiter l’alcool ;
- contrôler la tension, le diabète et le poids si nécessaire.
Chez certains patients, ces mesures peuvent suffire. Chez d’autres, elles sont indispensables mais ne remplacent pas le traitement, surtout en prévention secondaire ou en cas de risque élevé.
Pourquoi les avis semblent parfois contradictoires ?
Les avis semblent contradictoires parce que les situations médicales sont très différentes. Une statine peut être fortement justifiée chez une personne ayant déjà eu un infarctus, mais plus discutable chez une personne à faible risque avec une légère élévation du LDL.
Les controverses viennent aussi de plusieurs confusions :
- confondre cholestérol élevé et risque cardiovasculaire global ;
- comparer prévention primaire et prévention secondaire ;
- attribuer toutes les douleurs à la statine sans évaluation ;
- minimiser les effets indésirables chez les patients qui les ressentent ;
- arrêter un traitement utile sans solution alternative ;
- remplacer un médicament par un complément non contrôlé.
Le vrai débat n’est pas “pour ou contre les statines”. Il porte sur le bon traitement, au bon patient, à la bonne dose, avec une surveillance adaptée.
Comment préparer une consultation avec un cardiologue ?
Une consultation est plus utile si le patient arrive avec des informations précises. Cela permet de parler du bénéfice réel, des effets indésirables et des alternatives possibles.
À préparer avant le rendez-vous :
- les derniers résultats de cholestérol : LDL, HDL, triglycérides, cholestérol total ;
- la liste des médicaments et compléments ;
- le nom et la dose de la statine ;
- les dates de début ou de changement de dose ;
- les douleurs, crampes ou effets ressentis ;
- les antécédents d’infarctus, AVC, artérite, stent ou pontage ;
- les antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire ;
- les questions sur les alternatives ;
- les objectifs personnels : tolérance, qualité de vie, prévention.
Une bonne question à poser est : “Quel est mon risque cardiovasculaire et quel bénéfice puis-je attendre de ce traitement ?”
Mini-FAQ : avis des cardiologues sur les statines
Les cardiologues sont-ils favorables aux statines ?
Ils y sont favorables lorsqu’elles sont indiquées, surtout chez les patients à risque cardiovasculaire élevé ou ayant déjà eu un événement cardiovasculaire. Leur prescription doit rester individualisée.
Pourquoi certains médecins veulent absolument faire baisser le LDL ?
Parce que le LDL-cholestérol participe à la formation des plaques d’athérome. Plus le risque cardiovasculaire est élevé, plus l’objectif de LDL est généralement strict.
Les cardiologues reconnaissent-ils les douleurs musculaires ?
Oui. Les douleurs musculaires, crampes et faiblesses sont des effets possibles. Elles doivent être signalées pour rechercher une cause, vérifier les interactions et adapter le traitement si nécessaire.
Un cardiologue peut-il arrêter une statine ?
Oui, si le rapport bénéfice-risque le justifie. Il peut aussi proposer une dose plus faible, une autre statine, l’ézétimibe, l’acide bempédoïque ou un traitement injectable selon le profil.
Les statines sont-elles indispensables après un infarctus ?
Après un infarctus, une statine ou une stratégie hypolipémiante intensive est souvent un élément important de la prévention des récidives. Toute modification doit être discutée avec le cardiologue.
Les cardiologues recommandent-ils les compléments naturels ?
Ils sont généralement prudents, notamment avec la levure de riz rouge, qui peut contenir une substance proche d’une statine et provoquer des effets indésirables comparables.
À retenir
Les cardiologues ne disent pas que les statines sont nécessaires pour tout le monde. Ils disent surtout qu’elles peuvent être très utiles lorsque le risque cardiovasculaire le justifie, en particulier après un infarctus, un AVC, une artérite ou chez certains patients à haut risque.
Ils reconnaissent aussi les effets indésirables possibles. En cas de douleurs, crampes, fatigue musculaire ou inquiétude, la bonne démarche n’est pas l’arrêt brutal, mais l’évaluation médicale : dose, interactions, bilan, changement de statine ou alternative.
Pour aller plus loin : consulter le dossier SGCA sur les statines dangereuses ou à surveiller, puis les articles sur la statine la moins nocive, les douleurs musculaires sous statines et les médicaments pouvant remplacer les statines.
Sources
- Ameli — Cholestérol et triglycérides élevés : quel traitement ?
- HAS — Prévention cardiovasculaire : choix de la statine
- Société Française de Cardiologie — Dyslipidémies
- ESC/EAS — Guidelines for the management of dyslipidaemias
- ESC — 2025 Focused Update Dyslipidaemias
- Vidal — Les médicaments contre l’excès de cholestérol










