Le CADASIL est une maladie héréditaire des petits vaisseaux cérébraux qui provoque des migraines avec aura, des accidents ischémiques transitoires (AIT), des troubles cognitifs progressifs et des anomalies caractéristiques à l’IRM. Mieux connaître ses signes d’alerte permet d’orienter rapidement le bilan, d’organiser la prévention vasculaire et de soutenir l’autonomie au quotidien.
Sommaire
Qu’est-ce que le CADASIL ?
Le CADASIL (Cerebral Autosomal Dominant Arteriopathy with Subcortical Infarcts and Leukoencephalopathy) est une angiopathie génétique autosomique dominante liée à des variants du gène NOTCH3. Elle atteint les petites artères cérébrales et se manifeste par des ischémies sous-corticales récurrentes, une leucoencéphalopathie progressive et des symptômes fluctuants. À l’IRM, on observe des hypersignaux de la microangiopathie précoces, avec une topographie évocatrice.
Symptômes principaux
- Migraine avec aura (souvent avant 50 ans) : phénomènes visuels, paresthésies, difficultés d’expression transitoires.
- AIT/AVC lacunaires : faiblesse d’un membre, troubles sensitifs, troubles de la parole durant minutes/heures, parfois séquelles discrètes mais cumulatives.
- Troubles cognitifs sous-corticaux : ralentissement, attention/exécutif altérés, apathie ; évolution possible vers un tableau de type démence vasculaire.
- Troubles de la marche et de l’équilibre : pas courts, instabilité, chutes. L’évaluation clinique peut s’appuyer sur le test de Tinetti et les repères de perte d’équilibre.
Chez un adulte avec migraines d’aura + AIT répétés + antécédents familiaux, pensez au CADASIL et discutez un avis spécialisé.
IRM cérébrale : quelles images orientent ?
L’IRM montre typiquement des hypersignaux FLAIR/T2 de la substance blanche. Trois éléments sont particulièrement évocateurs :
- Atteinte des pôles temporaux antérieurs (asymétrique ou bilatérale), rare dans les microangiopathies « banales ».
- Atteinte du lobe frontal et des capsules externes, avec leucoaraïose étendue.
- Accumulation progressive des lésions sous-corticales, qu’on peut résumer par le score de Fazekas pour rendre compte de la sévérité.
Les séquelles lacunaires et micro-hémorragies peuvent être présentes selon l’histoire ischémique. Le radiologue mentionne souvent la distribution des hypersignaux de microangiopathie pour étayer l’hypothèse.

Quand proposer un test génétique ?
Le diagnostic de certitude repose sur l’identification d’un variant pathogène de NOTCH3. On l’envisage lorsque le contexte clinique et radiologique est compatible, en particulier avec des antécédents familiaux. Le tableau ci-dessous récapitule les situations fréquentes :
| Contexte clinique | IRM évocatrice | Intérêt du test génétique |
|---|---|---|
| Migraine d’aura + AIT/AVC lacunaires avant 60 ans | Lésions sous-corticales + pôles temporaux | Fort : confirmer le diagnostic, orienter la famille et la prévention |
| Troubles exécutifs / apathie + marche instable | Leucoaraïose frontale étendue | Moyen : selon l’âge et l’histoire familiale |
| Phénotype atypique | Lésions non spécifiques | Au cas par cas après avis spécialisé |
Prise en charge : combiner prévention, rééducation et suivi
Il n’existe pas, à ce jour, de traitement curatif validé. La stratégie vise à réduire la charge vasculaire, prévenir les événements et soutenir la fonction au quotidien :
- Hygiène vasculaire : contrôle tensionnel, glycémique et lipidique ; activité douce régulière (marche, exercices d’équilibre). Des repères pratiques figurent dans nos pages sur la leucoaraïose.
- Gestion des migraines : traitement de crise et, si besoin, de fond (sous contrôle médical).
- Rééducation : kinésithérapie (endurance, coordination), orthophonie (langage/attention), ateliers de stimulation (voir jeux de mémoire pour entretenir l’attention).
- Organisation de la vie quotidienne : rythme régulier, hydratation, prévention des infections, environnement sécurisé.
L’objectif est d’« acheter du temps de qualité » en ralentissant la perte d’autonomie et en limitant les complications.
Prévenir les chutes et sécuriser le domicile
Les troubles de la marche et de l’équilibre exposent aux chutes et hospitalisations évitables. Quelques leviers :
- Évaluer l’équilibre (Tinetti) et programmer des exercices ciblés.
- Aménager la salle d’eau (siège de douche, barres d’appui) dans l’esprit des références PMR.
- Envisager des dispositifs d’alerte selon l’acceptabilité : bracelet détecteur de chute ou solutions de téléassistance pour seniors.
Vie sociale et soutien de l’entourage
Le maintien d’activités sociales simples et régulières soutient l’humeur et la motivation. Structurer la semaine (petites sorties, tâches domestiques adaptées) et répartir les rôles entre aidants familiaux aide à préserver l’autonomie. En cas de questions sur l’orientation ou la coordination des soins, un avis de gériatre peut compléter le suivi.
Différentiels diagnostiques fréquents
- Microangiopathie liée à l’âge : IRM moins spécifique (pôles temporaux souvent épargnés), facteurs vasculaires marqués.
- Sclérose en plaques tardive : topographie juxtacorticale/périventriculaire, dissémination temporelle, contexte inflammatoire.
- Hydrocéphalie à pression normale : triade marche magnétique–troubles urinaires–troubles cognitifs ; autre démarche diagnostique et thérapeutique.
Signaux d’alerte et réévaluation
Consultez rapidement en cas de symptômes aigus : déficit moteur/sensitif soudain, trouble du langage, désorientation brutale, céphalée inhabituelle. À plus long terme, une aggravation de la marche, des chutes répétées ou l’apparition de troubles exécutifs marqués justifient une réévaluation clinique et une IRM de contrôle (mise à jour du score de Fazekas, suivi des hypersignaux).
Vivre avec un diagnostic confirmé : repères pratiques
- Cap de suivi : clarification des objectifs (prévention, confort, autonomie).
- Contrôle des facteurs de risque : tension, glycémie, lipides, activité douce.
- Programme de rééducation : séances courtes, régulières, objectifs mesurables.
- Environnement : éclairage, appuis, salle d’eau sécurisée, moyens d’alerte.
- Repérage des aggravations : chutes, épisodes confusionnels, difficultés nouvelles.
- Soutien de l’entourage : planning des tâches, relais, groupes d’information.
FAQ courte
Le CADASIL touche-t-il seulement les personnes jeunes ? Non : les premiers signes surviennent souvent avant 50 ans, mais le diagnostic peut être posé plus tard, notamment devant une leucoaraïose atypique.
Existe-t-il un traitement spécifique ? Pas de traitement curatif établi. La prise en charge repose sur la prévention vasculaire, la rééducation et l’adaptation du quotidien.
Dois-je prévenir mes proches ? Le caractère autosomique dominant implique une information familiale et, si besoin, un conseil génétique.
Ce qui est à retenir
Le CADASIL associe migraines d’aura, événements ischémiques et leucoencéphalopathie progressive, avec une IRM souvent très évocatrice (pôles temporaux, capsules externes). La confirmation est génétique. La priorité est d’optimiser la prévention vasculaire, la rééducation et la sécurité du quotidien, en mobilisant les ressources utiles (évaluation de l’équilibre, aménagements, vigilance des aidants) et en coordonnant le suivi avec les professionnels de santé.










