Une personne âgée peut encore se laver, s’habiller et manger seule tout en perdant progressivement une partie de son indépendance. Les premiers changements apparaissent parfois dans des tâches beaucoup plus discrètes : gérer un traitement, organiser ses courses ou utiliser les transports. Leur observation peut révéler une évolution passée jusque-là inaperçue.
Sommaire
À quoi sert l’échelle IADL de Lawton ?
IADL signifie Instrumental Activities of Daily Living, ou activités instrumentales de la vie quotidienne. L’échelle a été développée par Lawton et Brody pour étudier la capacité d’une personne à réaliser des tâches nécessaires à une vie relativement indépendante.
Ces activités demandent généralement davantage d’organisation que se laver, s’habiller ou manger. Elles sollicitent à des degrés variables la mémoire, l’attention, le raisonnement, les capacités physiques, la vision et la capacité à s’adapter à son environnement.
L’évaluation peut notamment être utile :
- lors d’un bilan gériatrique ;
- après une hospitalisation ;
- lorsqu’un proche remarque de nouvelles difficultés à domicile ;
- en présence de troubles de mémoire ;
- après une maladie ou un événement ayant diminué les capacités fonctionnelles ;
- pour suivre l’évolution de l’autonomie dans le temps.
Un gériatre peut intégrer l’IADL à une évaluation plus globale comprenant notamment l’état de santé, la cognition, la mobilité, les traitements et les conditions de vie.
L’intérêt de l’échelle est surtout de remplacer une appréciation vague comme « elle se débrouille encore » par l’analyse de situations concrètes.
Une personne peut conserver les gestes élémentaires de la vie quotidienne tout en ayant déjà besoin d’aide pour organiser ses médicaments, ses déplacements, ses achats ou son argent.
Quelles sont les huit activités évaluées par l’IADL ?
La version classique de l’échelle de Lawton repose sur huit domaines. Ils correspondent à des activités nécessaires pour vivre de manière relativement indépendante dans son environnement.
| Activité | Ce qui est évalué | Exemple de difficulté |
|---|---|---|
| Téléphone | Utiliser le téléphone de manière autonome | Ne plus parvenir à appeler un numéro |
| Courses | Choisir et acheter les produits nécessaires | Devoir être accompagné pour les achats |
| Préparation des repas | Planifier, préparer et servir un repas | Ne plus réussir à préparer un repas complet |
| Entretien du logement | Assurer les tâches ménagères habituelles | Ne plus pouvoir maintenir le logement correctement |
| Lessive | Laver et gérer le linge | Ne plus savoir utiliser le lave-linge |
| Transports | Organiser et effectuer ses déplacements | Ne plus pouvoir prendre seul un transport habituel |
| Médicaments | Prendre correctement son traitement | Oublier les doses ou les horaires |
| Finances | Gérer argent, factures et opérations courantes | Erreurs inhabituelles dans les paiements |
Comment se déroule une évaluation IADL ?
L’IADL est généralement renseignée à partir d’un entretien. Les informations peuvent provenir de la personne âgée elle-même, de son entourage et des observations du professionnel.
La question centrale est simple : que réalise réellement la personne seule dans son quotidien habituel ?
Pour chaque activité, il faut distinguer plusieurs situations :
- la personne effectue entièrement la tâche sans aide ;
- elle la réalise seulement dans certaines conditions ;
- elle a besoin d’être accompagnée ou surveillée ;
- une autre personne doit effectuer une partie importante de la tâche ;
- elle n’est plus capable de réaliser l’activité.
Le contexte doit également être pris en compte. Une personne qui ne fait jamais les courses parce que son conjoint s’en charge depuis quarante ans ne se trouve pas forcément dans la même situation qu’une personne qui effectuait encore ses achats six mois auparavant et qui n’y parvient plus aujourd’hui.
C’est l’une des difficultés de cette échelle : incapacité et absence d’habitude ne doivent pas être confondues.
Les informations fournies par un aidant peuvent ainsi devenir précieuses lorsqu’un changement progressif n’est pas complètement perçu par la personne concernée.
La meilleure comparaison est souvent celle réalisée avec les capacités antérieures de la même personne : ce qu’elle faisait seule auparavant et ce qui nécessite désormais une intervention extérieure.
Comment calculer le score IADL de Lawton ?
Dans une cotation courante de la version à huit domaines, chaque activité peut être classée selon le niveau d’indépendance. Une présentation simplifiée attribue :
- 1 point lorsque l’activité est réalisée de manière indépendante ;
- 0 point lorsqu’une dépendance est identifiée selon les critères de l’item.
Le score total s’étend alors de 0 à 8. Un score plus élevé correspond à davantage d’indépendance dans les activités étudiées.
Il existe cependant plusieurs modes de cotation de l’IADL. Certaines versions utilisent davantage de niveaux de réponse, certaines comptabilisent plutôt les dépendances et d’autres retiennent seulement une sélection d’activités.
Cette diversité explique pourquoi un résultat écrit simplement « IADL = 4 » ne devrait pas être interprété avant d’avoir identifié :
- la version de l’échelle utilisée ;
- le nombre d’items évalués ;
- le sens de la cotation ;
- les activités responsables des points perdus.
L’échelle historique comportait également des différences de cotation selon le sexe pour certaines tâches domestiques. Cette approche reflétait notamment la répartition traditionnelle des activités au moment de sa conception. Aujourd’hui, il est plus pertinent d’examiner les capacités réellement nécessaires dans la vie de chaque personne.
Un score IADL ne peut être compris correctement qu’en connaissant la version de la grille et les activités effectivement évaluées.
Comment interpréter un score IADL sur 8 ?
Dans la version binaire à huit activités, 8/8 indique une indépendance dans l’ensemble des domaines cotés. À mesure que le score diminue, le nombre d’activités nécessitant une aide augmente.
Mais le total ne doit jamais remplacer l’analyse des différents items.
| Résultat | Lecture générale | Question à se poser |
|---|---|---|
| 8/8 | Indépendance pour les huit activités cotées | Les capacités sont-elles réellement stables ? |
| Score intermédiaire | Une ou plusieurs dépendances sont présentes | Quelles activités nécessitent une aide ? |
| Score très faible | Dépendance dans plusieurs activités instrumentales | Quelles aides et quelles causes rechercher ? |
Pourquoi le détail des activités compte-t-il plus que le chiffre seul ?
Deux personnes obtenant 6/8 peuvent avoir perdu leur indépendance dans des domaines très différents.
La première peut ne plus faire les courses en raison d’une difficulté à marcher et être incapable d’entretenir son logement à cause de douleurs articulaires. Ses capacités à gérer son argent, son téléphone et ses médicaments peuvent rester parfaitement préservées.
Une seconde personne peut être physiquement mobile mais commettre des erreurs dans ses médicaments et ses finances. Le même score traduit alors un profil fonctionnel très différent.
Cette distinction aide à rechercher l’origine des difficultés :
- limitations physiques : douleur, faiblesse musculaire, difficulté à marcher ou à porter des charges ;
- troubles cognitifs : oublis, désorganisation, mauvais jugement ou difficulté à planifier ;
- troubles sensoriels : baisse importante de la vision ou de l’audition ;
- environnement inadapté : absence de transports, logement difficile d’accès ou équipement trop complexe ;
- facteurs psychologiques : dépression, anxiété, perte d’initiative ;
- habitudes de vie : activité jamais pratiquée auparavant.
Une difficulté avec les courses n’a donc pas automatiquement la même signification qu’une difficulté à gérer un traitement ou un compte bancaire.
La question utile n’est pas seulement « combien de points ? », mais « quelle capacité a changé, depuis quand et pour quelle raison ? ».
Pourquoi l’IADL peut-elle repérer une perte d’autonomie assez tôt ?
Les activités instrumentales sont relativement complexes. Elles demandent souvent de combiner plusieurs capacités en même temps.
Faire des courses implique par exemple de :
- identifier ce qui manque au domicile ;
- préparer ou mémoriser une liste ;
- organiser le déplacement ;
- retrouver les produits ;
- comparer éventuellement les prix ;
- payer correctement ;
- revenir au domicile avec les achats.

La préparation d’un traitement quotidien peut également demander de reconnaître plusieurs médicaments, respecter les doses et les horaires puis anticiper le renouvellement des ordonnances.
Ces tâches sont parfois fragilisées avant la toilette, l’habillage ou l’alimentation. Une personne peut donc rester physiquement indépendante pour les gestes simples tout en ayant besoin d’une aide croissante pour organiser sa vie.
C’est notamment ce qui rend l’IADL intéressante lorsqu’un changement récent est rapporté par l’entourage.
Quels changements IADL peuvent faire rechercher un trouble cognitif ?
Une baisse d’autonomie instrumentale n’est pas synonyme de maladie neurocognitive. Elle peut avoir une origine physique, sociale, sensorielle ou psychologique.
Certaines modifications attirent néanmoins davantage l’attention lorsqu’elles apparaissent chez une personne qui réalisait auparavant ces activités sans difficulté :
- oublis répétés de médicaments ;
- doubles prises ou erreurs de dosage ;
- factures qui ne sont plus payées ;
- achats incohérents ou inhabituels ;
- difficulté nouvelle à utiliser un téléphone familier ;
- incapacité à organiser un trajet connu ;
- repas devenant très désorganisés ;
- perte progressive de la capacité à effectuer les courses.
Lorsque ces changements s’accompagnent d’une perte de mémoire, d’une désorientation ou de répétitions inhabituelles, une évaluation cognitive peut devenir pertinente.
Certains travaux français ont particulièrement étudié quatre activités : téléphone, transports, médicaments et finances. Ces tâches peuvent apporter des informations utiles dans le repérage d’un déclin cognitif, sans constituer pour autant un test diagnostique.
D’autres outils peuvent alors compléter l’évaluation fonctionnelle. Le test de l’horloge, par exemple, sollicite notamment l’organisation visuospatiale, la compréhension d’une consigne et certaines fonctions exécutives.
Dans la maladie d’Alzheimer, les difficultés à accomplir certaines tâches familières peuvent progressivement s’ajouter aux troubles de mémoire et d’orientation. L’IADL décrit alors le retentissement concret de ces difficultés sur la vie quotidienne plutôt que la maladie elle-même.
Une perte récente de la capacité à gérer des médicaments, des finances ou des déplacements mérite davantage d’attention lorsqu’elle s’associe à des changements cognitifs observés par l’entourage.
Pourquoi la gestion des finances mérite-t-elle une attention particulière ?
La gestion financière fait appel à de nombreuses capacités : compréhension, mémoire, calcul, organisation, jugement et détection d’une situation inhabituelle.
Des changements peuvent prendre différentes formes :
- factures réglées plusieurs fois ;
- courriers administratifs qui s’accumulent ;
- retraits d’argent inhabituels ;
- difficultés nouvelles à comprendre un relevé bancaire ;
- oubli de paiements réguliers ;
- achats sans rapport avec les habitudes antérieures.
Ces situations ne prouvent pas l’existence d’un trouble cognitif. Elles peuvent néanmoins signaler une vulnérabilité nouvelle dans le quotidien.
Lorsque la personne semble également moins capable d’évaluer les conséquences d’un engagement ou devient particulièrement influençable, la question d’un éventuel abus de faiblesse peut aussi se poser indépendamment de l’évaluation IADL.
Quelle différence entre IADL, ADL de Katz et grille AGGIR ?
Les trois outils concernent l’autonomie, mais ils ne sont ni interchangeables ni directement convertibles.
L’ADL de Katz porte principalement sur les activités corporelles élémentaires : toilette, habillage, utilisation des toilettes, transferts, continence et alimentation.
L’IADL de Lawton explore des tâches plus complexes nécessaires à une vie indépendante : courses, repas, téléphone, transports, médicaments ou finances.
La grille AGGIR répond à une logique différente. Elle est utilisée en France pour classer la perte d’autonomie en six groupes iso-ressources.
| Évaluation | Activités étudiées | Usage principal |
|---|---|---|
| ADL de Katz | Gestes élémentaires et soins personnels | Décrire l’autonomie fonctionnelle de base |
| IADL de Lawton | Tâches complexes de la vie indépendante | Repérer et suivre une dépendance instrumentale |
| AGGIR | Ensemble de variables physiques et psychiques | Déterminer le GIR en France |
Peut-on convertir un score IADL en GIR ?
Non. Il n’existe pas de conversion directe entre le score de Lawton et le GIR.
Une personne peut avoir besoin d’aide pour les courses ou les tâches ménagères tout en conservant une autonomie importante dans les variables utilisées pour déterminer son GIR.
À l’inverse, une personne classée en GIR 2 présente une perte d’autonomie beaucoup plus importante évaluée selon les critères spécifiques de la grille AGGIR.
Le GIR 6 ne correspond pas davantage à un score IADL précis. Les deux outils n’utilisent ni les mêmes activités ni la même méthode de calcul.
Cette distinction est importante lorsqu’une famille envisage une demande d’Allocation personnalisée d’autonomie. L’IADL peut apporter des informations intéressantes sur le fonctionnement quotidien, mais c’est la grille AGGIR qui intervient dans la détermination du GIR pour l’APA.
IADL, ADL et AGGIR apportent des informations complémentaires : aucun score de l’une de ces échelles ne doit être transformé automatiquement en résultat d’une autre.
Que faire si le score IADL diminue ?
Une diminution récente mérite d’abord d’être comprise. Il est utile de rechercher quelle activité est devenue difficile et depuis quand.
Plusieurs étapes peuvent aider à préciser la situation :
- comparer avec les capacités de quelques mois auparavant ;
- identifier les activités nécessitant désormais une aide ;
- rechercher un événement récent : chute, maladie, hospitalisation ou changement de traitement ;
- observer la marche, la vision, l’audition et les capacités cognitives ;
- vérifier si l’environnement complique inutilement certaines activités ;
- adapter l’aide au domaine réellement concerné ;
- réévaluer ensuite l’évolution.
Une difficulté physique peut parfois être compensée par un aménagement ou une aide technique. Une organisation complexe des médicaments peut nécessiter une sécurisation différente. Des difficultés financières ou administratives appellent encore une autre réponse.
Il est également important de ne pas retirer systématiquement une activité à une personne dès qu’une difficulté apparaît. Lorsque cela reste possible et sûr, préserver la participation de la personne contribue au maintien de ses habitudes et de son autonomie.
Une baisse rapide et inexpliquée des capacités peut en revanche nécessiter une évaluation médicale, particulièrement lorsqu’elle s’accompagne de confusion, d’une modification du comportement, de troubles de la mémoire, d’une chute ou d’une altération générale de l’état de santé.
Le but de l’IADL n’est pas seulement de constater une dépendance : le détail de l’évaluation aide surtout à identifier les besoins, les changements récents et les capacités qui peuvent encore être préservées.
Mini FAQ
Quel est le score maximal de l’IADL de Lawton ?
Dans la version binaire courante comportant huit domaines, le score maximal est de 8 points. Il correspond à une indépendance dans les huit activités évaluées. D’autres présentations et modes de cotation existent, ce qui impose de vérifier la grille utilisée.
Que signifie un score IADL de 6 sur 8 ?
Dans une cotation où chaque activité indépendante rapporte un point, 6/8 indique une dépendance dans deux domaines. Il faut surtout identifier lesquels : une difficulté liée au ménage et aux courses n’a pas la même signification qu’une difficulté concernant les médicaments et les finances.
Quelle est la différence entre ADL et IADL ?
L’ADL étudie principalement les gestes élémentaires du quotidien comme la toilette, l’habillage ou l’alimentation. L’IADL examine des activités plus complexes comme les courses, les transports, la préparation des repas, les médicaments et la gestion financière.
Un mauvais score IADL signifie-t-il Alzheimer ?
Non. Une dépendance instrumentale peut avoir des causes physiques, sensorielles, sociales, psychologiques ou neurologiques. Une baisse associée à des troubles de mémoire ou d’orientation peut conduire à approfondir le bilan, mais l’IADL ne pose aucun diagnostic.
Pourquoi existe-t-il parfois une IADL sur 4 ?
Certaines évaluations utilisent une version courte centrée notamment sur le téléphone, les transports, la prise des médicaments et la gestion des finances. Elle ne doit pas être confondue avec la version classique comportant huit domaines.
L’IADL permet-elle de connaître le GIR ?
Non. Le GIR est déterminé à partir de la grille AGGIR. Le score IADL décrit d’autres dimensions de l’autonomie et ne peut pas être converti directement en GIR.










