Une même personne peut sembler autonome dans une situation et dépendante dans une autre. C’est précisément ce décalage que certaines évaluations cherchent à objectiver.
En bref :
- Le SMAF évalue 29 fonctions réparties dans 5 grands domaines de l’autonomie.
- Chaque fonction est cotée selon ce que la personne réalise réellement, et non uniquement selon ce qu’elle serait théoriquement capable de faire.
- Dans la présentation avec signes négatifs, 0 correspond à l’autonomie et -3 à une aide complète.
- Le score total peut aller de 0 à -87 ; certaines publications présentent la même incapacité sur une échelle positive de 0 à 87.
- Les aides humaines et matérielles déjà disponibles sont également prises en compte pour repérer les besoins non compensés.
- En France, le SMAF ne remplace pas la grille AGGIR utilisée pour déterminer le GIR dans le cadre de l’APA.
Sommaire
Qu’est-ce que la grille SMAF ?
Le sigle SMAF signifie Système de mesure de l’autonomie fonctionnelle. Cet instrument a été développé au Québec pour obtenir un portrait structuré des incapacités d’une personne et des aides qui lui permettent de continuer à fonctionner au quotidien.
Il ne se limite pas à demander si la personne peut se laver ou s’habiller. Il examine également :
- ses déplacements ;
- sa communication ;
- ses capacités mentales ;
- la gestion du domicile ;
- la prise des médicaments ;
- les ressources humaines ou matérielles déjà présentes.
Le SMAF peut être utilisé auprès de personnes âgées, mais son principe repose davantage sur la situation fonctionnelle que sur l’âge lui-même.
L’objectif est de décrire les capacités réelles, les difficultés observées et le niveau d’assistance nécessaire pour chaque activité.
Le SMAF ne cherche pas seulement à savoir ce qu’une personne sait faire : il décrit ce qu’elle fait réellement et l’aide dont elle a besoin.
Quels sont les cinq domaines évalués ?
Les 29 fonctions du SMAF sont réparties en cinq catégories complémentaires.
Les activités de la vie quotidienne concernent les gestes indispensables pour prendre soin de soi. Elles représentent 7 fonctions.
La mobilité comprend 6 fonctions et s’intéresse notamment aux transferts, à la marche et aux déplacements.
La communication comprend 3 fonctions relatives à la vision, à l’audition et à la parole.
Les fonctions mentales comportent 5 éléments concernant notamment la mémoire, l’orientation, la compréhension, le jugement et le comportement.
Enfin, les activités de la vie domestique comportent 8 fonctions nécessaires à une vie relativement indépendante à domicile.
Cette approche est plus étendue qu’une simple évaluation ADL de l’autonomie, qui se concentre essentiellement sur les gestes fondamentaux du quotidien.
Deux personnes capables de se laver seules peuvent présenter des niveaux d’autonomie très différents si l’une ne peut plus gérer ses repas, ses déplacements ou ses médicaments.
Quelles sont les 29 fonctions prises en compte ?
Dans le domaine des activités de la vie quotidienne, l’évaluation porte notamment sur :
- se nourrir ;
- se laver ;
- s’habiller ;
- entretenir sa personne ;
- la fonction vésicale ;
- la fonction intestinale ;
- utiliser les toilettes.
La mobilité examine notamment :
- les transferts ;
- la marche à l’intérieur ;
- l’utilisation éventuelle d’une orthèse ou d’une prothèse ;
- les déplacements en fauteuil roulant à l’intérieur ;
- l’utilisation des escaliers ;
- les déplacements à l’extérieur.
La communication porte sur :
- voir ;
- entendre ;
- parler.
Les fonctions mentales s’intéressent à :
- la mémoire ;
- l’orientation ;
- la compréhension ;
- le jugement ;
- le comportement.
Enfin, les activités de la vie domestique concernent notamment :
- entretenir la maison ;
- préparer les repas ;
- faire les courses ;
- faire la lessive ;
- utiliser le téléphone ;
- utiliser les moyens de transport ;
- prendre ses médicaments ;
- gérer son budget.
L’ensemble forme un portrait beaucoup plus détaillé qu’une appréciation générale telle que « autonome », « fragile » ou « dépendant ».
Comment se déroule une évaluation SMAF ?
La cotation ne devrait pas être remplie comme un simple questionnaire administratif. Elle repose sur plusieurs sources d’information.
Le professionnel peut s’appuyer sur :
- les réponses de la personne évaluée ;
- l’observation de certains gestes ;
- les informations fournies par un proche ;
- les habitudes réelles à domicile ;
- les aides techniques utilisées ;
- l’intervention des professionnels ou aidants ;
- la vérification de certaines capacités lorsque cela est nécessaire.

L’observation du quotidien compte particulièrement lorsque la personne surestime ou sous-estime ses capacités.
Un proche peut par exemple préciser qu’une personne affirme préparer ses repas seule alors que, depuis plusieurs semaines, ils sont systématiquement préparés et déposés par un membre de la famille.
La présence d’un proche aidant peut donc apporter des informations utiles, sans pour autant remplacer la parole et l’observation de la personne évaluée.
Pourquoi faut-il évaluer ce que la personne fait réellement ?
L’un des principes importants du SMAF consiste à évaluer la performance habituelle de la personne plutôt que son potentiel théorique.
Une personne peut, par exemple, être physiquement capable de préparer un repas lorsqu’on lui demande de le faire, mais ne plus le faire spontanément à domicile en raison de troubles cognitifs.
Inversement, une personne souffrant de douleurs peut effectuer seule une activité, mais avec beaucoup plus de difficulté et de temps qu’auparavant.
Capacité et autonomie réelle ne sont donc pas toujours synonymes.
La cotation tient compte de la manière dont l’activité se déroule concrètement :
- est-elle réalisée sans aide ?
- est-elle réalisée avec difficulté ?
- faut-il rappeler de la faire ?
- faut-il surveiller son déroulement ?
- une aide physique est-elle nécessaire ?
- une autre personne doit-elle finalement réaliser l’activité ?
Une activité techniquement possible mais jamais réalisée sans stimulation ne correspond pas nécessairement à une autonomie complète.
Comment fonctionne la cotation de 0 à -3 ?
La convention historique du SMAF utilise des valeurs négatives. Plus la valeur s’éloigne de zéro, plus l’incapacité est importante.
- 0 : la personne est autonome pour la fonction évaluée.
- -0,5 : elle reste autonome, mais réalise l’activité avec difficulté lorsque cette cote est prévue pour l’item.
- -1 : une surveillance ou stimulation est nécessaire.
- -2 : une aide partielle est nécessaire pour réaliser l’activité.
- -3 : une aide complète est nécessaire ou la personne dépend entièrement d’un tiers pour cette fonction.

Une personne cotée -1 n’a donc pas nécessairement besoin qu’un proche réalise physiquement le geste. Elle peut simplement avoir besoin d’un rappel, d’une stimulation ou d’une surveillance.
À -2, une partie de l’activité reste réalisée par la personne, mais l’intervention d’un tiers est nécessaire pour la compléter.
À -3, l’assistance devient complète pour l’activité concernée.
Dans la convention négative du SMAF, zéro représente l’autonomie : un résultat plus négatif traduit une incapacité plus importante.
À quoi servent les cotes intermédiaires comme -0,5 ou -1,5 ?
La réalité fonctionnelle ne correspond pas toujours parfaitement aux quatre grandes situations 0, -1, -2 et -3.
Certaines fonctions disposent donc de cotes intermédiaires prévues par leurs critères spécifiques. La valeur -0,5 permet notamment de décrire une personne qui réalise encore l’activité seule mais avec une difficulté significative.
Selon l’item et la version de la grille utilisée, une cote intermédiaire telle que -1,5 peut également apparaître.
Ces demi-points ne doivent pas être attribués intuitivement pour créer soi-même une nuance entre deux niveaux.
Le guide de cotation précise pour chaque fonction :
- ce qui correspond à l’autonomie ;
- ce qui constitue une difficulté ;
- ce qui relève de la surveillance ;
- ce qui correspond à une aide partielle ;
- ce qui justifie une aide complète.
La cotation reste standardisée afin que deux évaluateurs formés puissent interpréter une même situation de façon aussi proche que possible.
Comment obtient-on le score total du SMAF ?
Le score d’incapacité est obtenu en additionnant les cotes attribuées aux 29 fonctions.
Dans la convention avec signes négatifs :
- un résultat de 0 correspondrait à une autonomie complète pour l’ensemble des fonctions ;
- le résultat peut descendre jusqu’à -87 si les 29 fonctions sont cotées -3.
La valeur absolue augmente donc avec l’importance globale des incapacités.
Une source de confusion existe cependant : certaines publications, logiciels ou études présentent le résultat sans signe négatif. Le score est alors exprimé de 0 à 87, avec une valeur élevée correspondant à davantage d’incapacités.
Ainsi, un résultat écrit « 30 » et un résultat écrit « -30 » peuvent parfois représenter le même niveau numérique d’incapacité selon la convention choisie.
Avant d’interpréter un chiffre SMAF, il faut vérifier si le document utilise une échelle de 0 à -87 ou sa présentation positive de 0 à 87.
Un score global suffit-il pour connaître le niveau de dépendance ?
Non. Le score total donne une indication de l’importance globale des incapacités, mais il ne raconte pas à lui seul comment elles sont réparties.
Deux personnes peuvent obtenir un total proche tout en ayant des besoins radicalement différents.
La première peut présenter principalement :
- des difficultés à marcher ;
- des problèmes pour les transferts ;
- un besoin d’aide pour s’habiller ;
- des fonctions mentales préservées.
La seconde peut marcher seule mais présenter :
- une désorientation ;
- des troubles du jugement ;
- des oublis de médicaments ;
- une incapacité à gérer son budget ;
- un besoin important de surveillance.
Le même total peut masquer deux organisations de soins totalement différentes.
L’interprétation doit donc regarder les cotes item par item, les domaines les plus atteints et les ressources déjà présentes.
Existe-t-il un seuil SMAF qui signifie automatiquement « dépendant » ?
Il est tentant de transformer le score en catégories simples : faible dépendance, dépendance modérée ou dépendance sévère. Cette lecture peut cependant être trompeuse.
Un chiffre isolé ne permet pas de déterminer automatiquement :
- le nombre exact d’heures d’aide nécessaires ;
- la possibilité de rester à domicile ;
- le besoin d’entrer en établissement ;
- le montant d’une aide financière ;
- le niveau de surveillance nocturne ;
- la capacité de prendre seul une décision juridique.
Le profil des incapacités compte autant que leur somme.
Une perte importante d’autonomie dans une seule fonction essentielle peut avoir davantage de conséquences pratiques que plusieurs petites difficultés dans des tâches secondaires.
Un score SMAF doit être lu comme la synthèse d’une évaluation fonctionnelle, pas comme un diagnostic ou une décision administrative automatique.
Quelle différence entre incapacité et handicap dans le SMAF ?
Le SMAF ne s’arrête pas au constat qu’une personne ne peut plus réaliser seule une activité. Il cherche également à savoir si une ressource compense cette incapacité.
Par exemple, une personne peut être incapable de faire seule ses courses mais recevoir chaque semaine l’aide stable d’un proche ou d’un service professionnel.
Une autre personne présentant exactement la même incapacité peut ne disposer d’aucune aide.
L’incapacité est alors identique, mais ses conséquences quotidiennes ne le sont pas.
Dans le cadre conceptuel du SMAF, la notion de handicap permet justement d’identifier les incapacités qui ne sont pas suffisamment compensées par les ressources disponibles.
Ce vocabulaire historique ne doit pas être confondu avec les notions administratives françaises d’incapacité, d’invalidité et de handicap, qui répondent à d’autres définitions et peuvent ouvrir des droits spécifiques.
Comment les ressources humaines et matérielles sont-elles prises en compte ?
Pour chaque incapacité, l’évaluation peut rechercher les moyens déjà utilisés afin de permettre à la personne de fonctionner dans son environnement.
Les ressources peuvent comprendre :
- un conjoint ;
- un enfant ou un autre proche ;
- une aide à domicile ;
- un infirmier ;
- un service de livraison de repas ;
- une aide technique ;
- un fauteuil roulant ;
- une barre d’appui ;
- un système de rappel ;
- une organisation automatisée des médicaments.
La présence d’une aide ne rend pas la personne fonctionnellement autonome. Elle signifie que son incapacité peut être compensée dans la vie quotidienne.
Cette distinction est essentielle lorsqu’un proche accomplit depuis longtemps certaines tâches sans les considérer comme une véritable aide.
Préparer tous les repas, gérer les factures ou rappeler quotidiennement les médicaments constitue bien une ressource de compensation, même lorsque ces gestes sont devenus habituels dans la famille.
Pourquoi évaluer aussi la stabilité des aides disponibles ?
Une aide peut être présente aujourd’hui sans être garantie dans les semaines suivantes.
Le SMAF s’intéresse donc également à la stabilité des ressources qui compensent les incapacités.
Une situation peut devenir fragile lorsque :
- le conjoint aidant est épuisé ;
- un enfant doit reprendre son travail ;
- l’aide professionnelle intervient seulement temporairement ;
- un proche va être hospitalisé ;
- le matériel utilisé devient inadapté ;
- le logement n’est plus accessible ;
- la personne refuse une aide devenue nécessaire.
Deux personnes ayant exactement les mêmes incapacités peuvent donc présenter des niveaux de sécurité très différents à domicile.
L’évaluation ne doit pas considérer la famille comme une ressource illimitée et permanente.
Une aide efficace aujourd’hui ne constitue une compensation durable que si elle peut réellement se poursuivre.
Que sont les 14 profils Iso-SMAF ?
Le SMAF peut également servir à classer une personne dans l’un des 14 profils Iso-SMAF.
Ces profils ne sont pas obtenus en découpant simplement le score total en quatorze tranches. Ils reposent sur la répartition des incapacités entre les différents domaines.
Ils peuvent être regroupés de manière générale ainsi :
- profils 1, 2 et 3 : incapacités essentiellement dans les activités domestiques ;
- profils 4, 6 et 9 : atteintes à dominante motrice avec fonctions mentales relativement préservées ;
- profils 5, 7, 8 et 10 : atteintes où les fonctions mentales jouent un rôle prédominant ;
- profils 11 à 14 : incapacités mixtes et importantes touchant plusieurs domaines.
Globalement, les profils les plus élevés correspondent à des besoins fonctionnels plus lourds. Cependant, leur intérêt principal reste de distinguer la nature des besoins, pas seulement leur quantité.
Deux scores totaux proches peuvent donc aboutir à des profils différents.
Comment interpréter concrètement un profil Iso-SMAF ?
Le profil apporte davantage de contexte au score global.
Une personne présentant principalement des difficultés pour :
- faire le ménage ;
- préparer les repas ;
- faire les courses ;
- utiliser les transports ;
n’a pas les mêmes besoins qu’une personne qui se déplace encore seule mais oublie régulièrement de manger, de prendre ses traitements ou de fermer sa porte.
Le type de soutien requis sera donc différent : aide domestique dans le premier cas, surveillance et sécurisation potentiellement plus importantes dans le second.
Les profils peuvent aider les équipes à structurer les services, mais ne remplacent pas l’analyse individuelle de la personne, de son logement, de ses souhaits et de son entourage.
Le numéro du profil est moins instructif que la combinaison précise des fonctions préservées et des fonctions devenues dépendantes.
À quoi peut ressembler un résultat SMAF dans une situation concrète ?
Imaginons une personne qui :
- se lave et s’habille seule ;
- mange sans assistance ;
- marche à l’intérieur avec une canne ;
- a besoin d’aide pour les escaliers ;
- n’effectue plus ses courses seule ;
- reçoit ses repas plusieurs fois par semaine ;
- oublie parfois ses médicaments sans rappel ;
- gère encore correctement son argent.
Le résultat ne devrait pas être résumé par « elle est autonome » simplement parce qu’elle effectue seule sa toilette et ses transferts.
Il ne faudrait pas davantage conclure qu’elle est totalement dépendante parce qu’elle reçoit plusieurs services.
Le SMAF permet justement de distinguer les fonctions conservées, les difficultés, les besoins de stimulation et les activités nécessitant une aide véritable.
La présence des repas livrés et d’un rappel médicamenteux doit également être intégrée à l’analyse des ressources déjà disponibles.
Quelle différence entre le SMAF et les échelles ADL ou IADL ?
Les échelles ADL et IADL évaluent elles aussi l’autonomie, mais leur niveau de détail et leur logique diffèrent.
L’ADL de Katz se concentre sur quelques activités fondamentales telles que :
- la toilette ;
- l’habillage ;
- l’alimentation ;
- les transferts ;
- les toilettes ;
- la continence.
L’IADL s’intéresse à des activités plus complexes nécessaires à la vie indépendante : téléphone, courses, repas, médicaments ou gestion financière.
Le SMAF rassemble une vision plus large en ajoutant notamment la mobilité, la communication, les fonctions mentales et l’analyse des ressources qui compensent les incapacités.
Ces outils ne sont donc pas de simples versions différentes d’une même note. Ils répondent à des objectifs et à des niveaux de précision distincts.
Quelle différence entre la grille SMAF et la grille AGGIR ?
Cette distinction est particulièrement importante pour un lecteur français.
La grille AGGIR est l’outil de référence utilisé en France pour déterminer le GIR d’une personne âgée dans le cadre notamment de l’APA.
Elle comprend 17 variables :
- 10 variables dites discriminantes qui interviennent dans le calcul du GIR ;
- 7 variables illustratives utiles à l’évaluation globale de la situation.
Les actes y sont notamment appréciés avec les cotations A, B ou C, puis un algorithme conduit à un classement allant du GIR 1 au GIR 6.
Le SMAF fonctionne autrement :
- 29 fonctions sont examinées ;
- la cotation exprime différents niveaux d’incapacité ;
- les ressources de compensation sont prises en compte ;
- les 14 profils Iso-SMAF reposent sur l’ensemble du profil fonctionnel.
Il n’existe pas de conversion simple permettant de transformer un score SMAF en GIR.
Un classement en GIR 2, par exemple, ne peut donc pas être déduit en regardant uniquement le total d’une grille SMAF.
Le SMAF et l’AGGIR évaluent tous deux l’autonomie, mais leurs items, leurs cotations et leurs finalités administratives ne sont pas interchangeables.
Le score SMAF permet-il d’obtenir l’APA en France ?
Non directement. En France, l’ouverture du droit à l’Allocation personnalisée d’autonomie repose sur le classement obtenu avec la grille AGGIR.
Les personnes classées en GIR 1 à GIR 4 peuvent, sous réserve des autres conditions, relever de l’Allocation personnalisée d’autonomie.
Un score SMAF élevé ne crée donc pas automatiquement un droit à l’APA et ne détermine pas son montant.
Le SMAF peut apporter une description fonctionnelle détaillée dans certains contextes professionnels ou établissements, mais il ne faut pas présenter son résultat comme l’équivalent administratif français d’un GIR.
Cette distinction évite une erreur fréquente : rechercher sur Internet une correspondance du type « SMAF -30 = GIR 3 ». Une telle équivalence directe n’est pas valide.
Qui peut réaliser correctement une évaluation SMAF ?
L’utilisation clinique du SMAF repose sur une formation à ses critères de cotation.
Selon le contexte, différents professionnels peuvent participer à l’évaluation :
- infirmier ;
- ergothérapeute ;
- médecin ;
- professionnel du secteur gériatrique ou médico-social formé à l’outil.
La lecture du guide et la connaissance des critères de chaque item sont importantes pour limiter les interprétations personnelles.
Chez une personne âgée dont les difficultés mêlent mémoire, mobilité, traitements et maladies chroniques, une évaluation plus globale par un médecin gériatre peut également permettre de rechercher les causes de la perte d’autonomie.
Le SMAF décrit les conséquences fonctionnelles observées ; il ne diagnostique pas leur origine médicale.
Pourquoi refaire la grille au cours du temps ?
L’autonomie fonctionnelle peut évoluer dans les deux sens.
Une aggravation peut suivre :
- une chute ;
- une hospitalisation ;
- un accident vasculaire cérébral ;
- une infection sévère ;
- une maladie neurodégénérative ;
- une diminution de la vision ;
- une dégradation de la mobilité.
À l’inverse, une rééducation, un appareillage ou une récupération après une maladie aiguë peuvent améliorer certaines fonctions.
Comparer plusieurs évaluations successives peut mettre en évidence les domaines qui changent réellement.
La comparaison doit cependant utiliser la même méthode et les mêmes critères. Une différence entre deux scores peut parfois venir d’une observation plus précise ou d’un changement d’évaluateur plutôt que d’une modification brutale de l’état de la personne.
Le suivi est surtout utile lorsque l’on regarde quels items ont changé, et pas seulement quelques points gagnés ou perdus sur le total.
Quelles erreurs faut-il éviter en lisant un résultat SMAF ?
Plusieurs mauvaises interprétations reviennent régulièrement.
Il faut éviter de :
- lire uniquement le score total ;
- confondre le signe positif et le signe négatif ;
- inventer une équivalence avec un GIR ;
- considérer une aide familiale comme inexistante parce qu’elle est gratuite ;
- confondre autonomie et absence de maladie ;
- déduire un diagnostic à partir d’un item ;
- considérer toute cote -1 comme une dépendance physique ;
- interpréter une seule évaluation comme définitive ;
- négliger les fonctions mentales lorsqu’une personne marche bien ;
- négliger les capacités préservées lorsqu’une personne reçoit déjà beaucoup d’aide.
Une personne peut souffrir d’une maladie importante tout en restant autonome pour de nombreuses activités.
À l’inverse, une personne sans diagnostic médical spectaculaire peut présenter des difficultés fonctionnelles majeures nécessitant une organisation quotidienne complexe.
Que faut-il demander lorsqu’on reçoit les résultats ?
Un résultat utile doit pouvoir être expliqué en termes concrets.
Il est pertinent de demander :
- quelles fonctions sont cotées 0 ;
- où apparaissent les premières difficultés ;
- quelles activités nécessitent seulement une stimulation ;
- lesquelles demandent une aide physique ;
- quelles ressources compensent déjà ces difficultés ;
- quels besoins restent insuffisamment couverts ;
- si les aides actuelles sont considérées comme stables ;
- quel domaine explique principalement le score ;
- si un profil Iso-SMAF a été attribué ;
- quelles actions concrètes sont proposées après l’évaluation.
Le résultat doit déboucher sur une compréhension plus précise du quotidien, et pas seulement sur un nombre inscrit dans un dossier.
Une modification récente et inexpliquée des capacités mérite par ailleurs une évaluation médicale : une perte d’autonomie n’est pas toujours une conséquence normale du vieillissement.
La meilleure question après un SMAF n’est pas seulement « quel est le score ? », mais « quelles difficultés faut-il maintenant compenser ou réévaluer ? ».
Tableau récapitulatif : comment lire une grille SMAF ?
| Élément | Ce qu’il signifie | Point de vigilance |
|---|---|---|
| 29 fonctions | Portrait de l’autonomie dans 5 domaines | Regarder les domaines, pas seulement le total |
| Cote 0 | Autonomie pour la fonction | Elle s’apprécie selon les critères de l’item |
| Cote -1 | Surveillance ou stimulation nécessaire | Ce n’est pas forcément une aide physique |
| Cote -2 | Aide partielle nécessaire | La personne participe encore à l’activité |
| Cote -3 | Aide complète nécessaire | S’interprète fonction par fonction |
| Score total | Importance globale des incapacités | Vérifier la convention 0 à -87 ou 0 à 87 |
| Ressources | Aides humaines ou matérielles déjà présentes | Vérifier qu’elles sont suffisantes et stables |
| Profil Iso-SMAF | Type de profil fonctionnel parmi 14 possibilités | Il ne dépend pas du seul score total |
| GIR | Classement obtenu avec AGGIR en France | Aucune conversion directe depuis le SMAF |
Mini FAQ
Que signifie un score SMAF de 0 ?
Dans la convention classique du SMAF, 0 correspond à une autonomie complète pour les fonctions évaluées. Il faut néanmoins regarder le détail des items et vérifier la convention utilisée sur le document remis.
Est-ce qu’un score de -87 signifie une dépendance totale ?
-87 représente la valeur théorique obtenue si chacune des 29 fonctions est cotée -3. Il correspond donc à une incapacité fonctionnelle extrêmement importante sur l’ensemble de la grille, mais l’organisation réelle des aides doit encore être étudiée séparément.
Pourquoi certains résultats SMAF sont-ils écrits sans signe négatif ?
Certaines publications ou systèmes présentent l’incapacité de 0 à 87 plutôt que de 0 à -87. Dans ce cas, une valeur plus élevée traduit davantage d’incapacités. Il faut toujours vérifier la convention avant de comparer deux résultats.
Peut-on calculer soi-même son SMAF ?
Une auto-évaluation peut aider à repérer des difficultés, mais la cotation SMAF repose sur des critères précis, l’observation de la performance réelle et l’analyse des ressources. Une interprétation clinique fiable nécessite un professionnel formé à l’outil.
Un profil Iso-SMAF correspond-il à un GIR ?
Non. Les profils Iso-SMAF et les GIR proviennent de méthodes différentes. Il n’existe pas de correspondance automatique permettant de convertir un profil ou un score SMAF en GIR 1, 2, 3, 4, 5 ou 6.
La grille SMAF permet-elle de demander directement l’APA ?
Non. En France, le niveau de perte d’autonomie utilisé pour l’APA est déterminé à partir de la grille AGGIR. Le SMAF peut fournir des informations fonctionnelles complémentaires dans certains contextes, mais son score ne remplace pas le GIR.










