La LEMP est une atteinte virale grave de la substance blanche, due à la réactivation du polyomavirus JC chez des personnes immunodéprimées (traitements immunosuppresseurs, hémopathies, VIH, transplantations). Elle provoque des déficits neurologiques progressifs, multifocaux et souvent asymétriques. Reconnaître les signes d’alerte, organiser le bilan IRM et réévaluer l’immunodépression sont les leviers majeurs pour orienter rapidement la prise en charge.
Sommaire
Comprendre la physiopathologie en deux idées
- Réactivation du virus JC : le virus latent peut se répliquer lorsque la défense immunitaire est affaiblie, envahir les oligodendrocytes et démyéliniser la substance blanche.
- Atteinte multifocale : les lésions sont disséminées, sans effet de masse marqué, expliquant la diversité des symptômes (langage, motricité, champ visuel, cognition).
Sur l’imagerie, on retrouve des anomalies T2/FLAIR souvent asymétriques, sans rehaussement franc initial. Les bases pour comprendre un compte-rendu sont détaillées dans notre fiche sur les hypersignaux de la microangiopathie à l’IRM (terminologie, séquences, topographies courantes).
Signes d’alerte cliniques : ce qui doit faire évoquer la LEMP
- Déficits focaux progressifs (jours/semaines) : hémiparésie, ataxie, troubles sensitifs, hémianopsie, apraxie.
- Troubles du langage (aphasie, paraphasies) et modification du comportement (apathie, désinhibition) selon les localisations.
- Évolution asymétrique et pauvre en céphalées fébriles, contrastant avec d’autres encéphalites.
- Contexte immunodéprimé : biothérapies ou immunosuppresseurs (ex. anticorps monoclonaux), corticothérapie prolongée, VIH non contrôlé, hémopathie, transplantation.
Chez un senior sous traitement immunomodulateur présentant une dégradation neurologique récente, la temporalité subaiguë et la multifocalité des signes doivent amener à discuter précocement une IRM et une recherche de virus JC.
Imagerie cérébrale : ce que l’IRM apporte
L’IRM est l’examen clé. On recherche des lésions T2/FLAIR hyperintenses, souvent corticales et sous-corticales, asymétriques, non compressives, volontiers sans rehaussement ou avec un rehaussement discret en bordure. La diffusion (DWI/ADC) peut montrer des zones de restriction en périphérie des plaques en phase active. Le suivi par IRM série permet d’apprécier l’extension ou la réponse après ajustement thérapeutique.

Pour dialoguer avec le radiologue, s’appuyer sur un vocabulaire commun (séquences, localisation, évolution). La fiche dédiée aux hypersignaux IRM de la substance blanche fournit des repères utiles pour situer les anomalies et distinguer les présentations fréquentes.
Biologie et confirmation virologique
- PL (ponction lombaire) : PCR JC virus dans le LCR (sensibilité variable selon la charge virale et le timing).
- Bilan immunitaire : statut VIH, numération lymphocytaire, degré d’immunosuppression, médicaments en cours (biothérapies, chimiothérapie, anti-rejets).
- Diagnostic de présomption lorsque l’IRM est typique et que le contexte est compatible, en attendant la confirmation virologique.
Prise en charge : principes et trajectoire
Il n’existe pas de traitement antiviral spécifique validé contre la LEMP. La stratégie repose sur trois piliers :
- Réduction ou arrêt de l’immunosuppression lorsqu’elle est iatrogène (à discuter avec le spécialiste prescripteur, en mesurant le risque de rebond de la maladie traitée par la biothérapie).
- Prise en charge de support : prévention des complications, kinésithérapie motrice, orthophonie, ergothérapie, adaptation du milieu de vie.
- Suivi rapproché clinique et IRM, avec réévaluation itérative des choix thérapeutiques.
La progression peut être rapide. Lorsque le retentissement fonctionnel devient majeur (troubles de la marche, chutes, dépendance), l’orientation vers une filière de soins coordonnée est essentielle. Pour structurer l’accompagnement global, voir nos repères sur les soins palliatifs en gériatrie (contrôle des symptômes, projet de soins, soutien des proches).
Sécurité, autonomie et prévention des chutes
Les déficits moteurs et visuels exposent aux chutes et traumatismes. Quelques mesures concrètes :
- Évaluation de l’équilibre et des transferts (ex. test de Tinetti) pour cibler la rééducation.
- Aménagement du domicile : chemin lumineux, barres d’appui, suppression des obstacles.
- Moyens d’alerte en cas de chute ou de malaise, intégrables aux solutions de téléassistance selon les préférences de la personne.
Les proches aidants jouent un rôle clé pour organiser les trajets, les rendez-vous et la surveillance des changements de comportement. Une consultation avec un gériatre peut aider à coordonner rééducation, prévention des infections et ajustement médicamenteux.
Différentiels à ne pas manquer
- Leucoencéphalopathies vasculaires (microangiopathie liée à l’âge, maladie de Binswanger) : progression typically plus lente, contexte vasculaire, IRM avec leucoaraïose et score de Fazekas graduant la sévérité.
- Encéphalites inflammatoires ou auto-immunes : rehaussement plus marqué, contexte fébrile/auto-immun, LCR inflammatoire.
- Atteintes toxiques/métaboliques : topographies et contexte d’exposition (chimiothérapie, carences) plus compatibles avec d’autres leucoencéphalopathies.
Tableau mémo : conduite pratique
| Situation | Action prioritaire | Objectif |
|---|---|---|
| Senior immunodéprimé + déficit focal récent | IRM cérébrale rapide | Objeter les lésions multifocales |
| IRM évocatrice de LEMP | PL avec PCR JC virus | Confirmer la réactivation virale |
| Biothérapie/immunosuppresseur en cours | Discussion spécialisée pour ajustement | Alléger l’immunodépression |
| Dégradation fonctionnelle | Rééducation + sécurisation du domicile | Réduire chutes et complications |
| Évolution défavorable | Intégrer soins de support/palliatifs | Confort et projet de soins |
FAQ courte
La LEMP est-elle contagieuse ? Non : il s’agit d’une réactivation endogène du virus JC chez un sujet immunodéprimé, pas d’une transmission inter-humaine aiguë.
Y a-t-il un traitement antiviral spécifique ? À ce jour, aucun antiviral n’a démontré d’efficacité solide en pratique courante ; la priorité reste l’ajustement de l’immunosuppression et la prise en charge de support.
Pourquoi parler de rééducation ? Parce que les déficits moteurs, sensitifs et visuels sont sources de chutes et de perte d’autonomie : la rééducation et l’adaptation du milieu de vie sont déterminantes.
LEMP, ce qu’il faut retenir
Chez un senior sous immunosuppresseur ou immunodéprimé qui se détériore sur le plan neurologique en quelques semaines, la LEMP doit être envisagée : IRM rapide, recherche du virus JC et réévaluation de l’immunodépression guident la suite. Le pronostic dépend largement de la capacité à réduire la pression immunosuppressive et à organiser tôt la rééducation et l’accompagnement. En cas d’aggravation fonctionnelle, les repères sur les soins palliatifs et, dans des situations particulières, sur la sédation palliative aident à cadrer un projet centré sur la qualité de vie.










