Une assiette moins remplie ou quelques kilos perdus passent parfois inaperçus pendant des semaines. Chez une personne âgée, plusieurs petits changements peuvent pourtant se combiner et modifier rapidement l’équilibre général. Le MNA aide à les faire apparaître, à condition de comprendre ce que son score dit réellement… et ce qu’il ne dit pas.
En bref :
- Le MNA est un outil spécialement conçu pour repérer les problèmes nutritionnels chez les personnes âgées.
- La version courte MNA-SF comporte 6 domaines et donne un score de 0 à 14.
- 12 à 14 points correspondent à un état nutritionnel considéré normal par l’outil.
- 8 à 11 points signalent un risque de dénutrition.
- 0 à 7 points correspondent à la catégorie « dénutrition » du MNA-SF.
- En France, ce score ne remplace pas les critères médicaux nécessaires pour poser le diagnostic de dénutrition.
Sommaire
Qu’est-ce que le Mini Nutritional Assessment ?
Le Mini Nutritional Assessment, généralement abrégé MNA, est un outil de dépistage nutritionnel développé spécifiquement pour les personnes âgées.
Il a été conçu pour repérer des situations dans lesquelles l’état nutritionnel est déjà altéré ou risque de le devenir.
Contrairement à une simple pesée, il ne s’intéresse pas uniquement au poids.
Le questionnaire prend en compte plusieurs éléments pouvant accompagner une fragilisation nutritionnelle :
- la diminution des apports alimentaires ;
- la perte de poids récente ;
- la mobilité ;
- une maladie aiguë ou un stress récent ;
- certaines difficultés neuropsychologiques ;
- une mesure anthropométrique comme l’IMC ou, dans certaines situations, le tour de mollet.
Le MNA recherche donc un ensemble de signaux plutôt qu’un chiffre isolé.
Une personne âgée peut commencer à se fragiliser sur le plan nutritionnel avant qu’une maigreur évidente ne soit visible.
À partir de quel âge le MNA est-il utilisé ?
Le MNA a été développé et validé pour les personnes âgées, classiquement à partir de 65 ans.
Cette précision est importante lorsqu’on compare le questionnaire aux recommandations françaises sur le diagnostic de dénutrition.
En France, les critères diagnostiques spécifiques de la Haute Autorité de Santé pour la personne âgée concernent les personnes de 70 ans et plus.
Il faut donc distinguer :
- la population dans laquelle le MNA peut être utilisé ;
- les critères médicaux servant ensuite à établir un diagnostic selon l’âge.
Un questionnaire de dépistage et des critères diagnostiques ne poursuivent pas exactement le même objectif.
Quelle différence entre MNA et MNA-SF ?
Cette question est source de nombreuses confusions parce que plusieurs versions ont existé au fil du temps.
Le MNA original est une évaluation comportant 18 items et un score sur 30.
Une version courte, appelée MNA-SF pour Mini Nutritional Assessment Short Form, a ensuite été développée.
Elle ne comporte que six domaines et fournit un score sur 14.
La version révisée du MNA-SF peut aujourd’hui être utilisée comme outil de dépistage autonome.
Dans la documentation actuelle, c’est généralement cette version courte qui est privilégiée pour l’usage clinique courant.
Le MNA complet reste notamment utilisable lorsqu’une appréciation plus détaillée est souhaitée.
Combien de temps faut-il pour réaliser un MNA-SF ?
La version courte a précisément été développée pour que le dépistage puisse être réalisé rapidement.
Lorsqu’on dispose des informations nécessaires, la passation peut généralement être effectuée en quelques minutes.
Le temps réel dépend toutefois de la situation.
Il peut être plus long lorsqu’il faut :
- retrouver d’anciennes mesures de poids ;
- interroger un proche ;
- calculer l’IMC ;
- mesurer le tour de mollet ;
- préciser les quantités réellement mangées ;
- comprendre l’évolution récente de la santé.
La rapidité ne doit pas conduire à remplir les réponses approximativement.
Une perte de poids estimée au hasard ou des apports alimentaires mal évalués peuvent modifier le résultat.
Quels sont les six domaines du MNA-SF ?
Le MNA-SF réunit six informations principales.
Elles concernent :
- la diminution récente de l’alimentation ;
- une éventuelle perte de poids ;
- le niveau de mobilité ;
- la présence récente d’une maladie aiguë ou d’un stress important ;
- certains troubles neuropsychologiques ;
- l’IMC ou, lorsque celui-ci n’est pas disponible, une mesure du tour de mollet selon la version prévue.
Chaque réponse apporte un certain nombre de points.
Les points sont ensuite additionnés pour obtenir le résultat final sur 14.
Le questionnaire officiel possède sa propre formulation et son système précis de cotation : il est préférable d’utiliser la version validée plutôt qu’un formulaire reconstitué à partir de résumés trouvés sur Internet.
Pourquoi la diminution de l’alimentation est-elle importante ?
La dénutrition ne commence pas nécessairement par un poids très faible.
Elle peut commencer par une période durant laquelle la personne mange nettement moins qu’auparavant.
Cette réduction peut être liée à :
- un manque d’appétit ;
- des nausées ;
- des douleurs ;
- des difficultés à mâcher ;
- des difficultés à avaler ;
- une maladie aiguë ;
- une perte d’autonomie pour préparer les repas ;
- une dépression ou un isolement.
Une assiette régulièrement laissée à moitié pleine peut donc être plus informative qu’un repas exceptionnellement peu consommé.
Il faut s’intéresser à l’évolution réelle des apports alimentaires, et pas uniquement demander si la personne « mange bien ».
Pourquoi la perte de poids récente compte-t-elle autant ?
Chez une personne âgée, une perte de poids involontaire mérite d’être prise au sérieux, même si le poids actuel semble encore dans la norme.
Une personne peut avoir été en surpoids et perdre rapidement plusieurs kilogrammes à cause d’une maladie ou d’une réduction de ses apports.
Le changement compte autant que la photographie du poids actuel.
Pour l’évaluer correctement, il est utile de disposer de valeurs antérieures fiables :
- poids lors d’une consultation précédente ;
- poids avant une hospitalisation ;
- poids habituel avant une maladie ;
- mesures régulièrement notées à domicile.
Une impression comme « elle a beaucoup maigri » est utile pour alerter, mais une mesure chiffrée permet une évaluation beaucoup plus précise.
Pourquoi la mobilité intervient-elle dans un questionnaire nutritionnel ?
Nutrition et mobilité sont étroitement liées chez la personne âgée.
Une diminution des déplacements peut compliquer :
- les courses ;
- la préparation des repas ;
- l’accès à la table ;
- le maintien de la masse musculaire ;
- la récupération après une maladie.
À l’inverse, une alimentation insuffisante peut favoriser une perte musculaire et rendre les déplacements plus difficiles.
Un cercle de fragilisation peut alors s’installer progressivement.
Une limitation physique importante peut également participer à une situation d’incapacité ou de handicap lorsque les activités quotidiennes deviennent difficiles à réaliser sans aide.
Pourquoi une maladie aiguë peut-elle modifier rapidement le score ?
Une infection, une intervention chirurgicale ou une décompensation d’une maladie chronique peut modifier brutalement l’état nutritionnel.
Dans ces périodes, plusieurs phénomènes peuvent se cumuler :
- perte d’appétit ;
- augmentation des besoins liée à la maladie ;
- alitement ;
- fatigue ;
- douleur ;
- difficultés à manger seul.
Quelques jours de maladie peuvent donc avoir davantage de conséquences chez une personne fragile que chez un adulte jeune en bonne santé.
Une baisse récente du score doit toujours être replacée dans la chronologie des événements médicaux.
Pourquoi la dépression et les troubles cognitifs sont-ils pris en compte ?
Les troubles cognitifs ou certains troubles de l’humeur peuvent avoir des conséquences très concrètes sur l’alimentation.
Une personne peut par exemple :
- oublier de prendre ses repas ;
- ne plus savoir préparer certains aliments ;
- perdre l’envie de manger ;
- ne plus reconnaître correctement la sensation de faim ;
- devenir dépendante pour faire les courses ;
- refuser certains repas dans un contexte de confusion.
Le problème nutritionnel n’est alors pas seulement alimentaire.
Les proches aidants peuvent fournir des informations particulièrement utiles lorsque la personne ne se souvient plus précisément de ce qu’elle mange ou de l’évolution de son poids.
Pourquoi faut-il calculer l’IMC ?
L’indice de masse corporelle met en relation le poids et la taille.
Il est calculé selon la formule :
poids en kilogrammes / taille² en mètres
Dans le MNA-SF, l’IMC fait partie des informations anthropométriques utilisées pour la cotation.
Mais il faut éviter une erreur fréquente : interpréter l’IMC du questionnaire comme s’il constituait à lui seul le diagnostic de dénutrition.
Un IMC doit être lu avec :
- l’âge ;
- la perte de poids ;
- les apports alimentaires ;
- les maladies ;
- la masse musculaire ;
- l’évolution générale.
Une personne peut notamment être dénutrie sans présenter une maigreur spectaculaire.
Peut-on utiliser le tour de mollet lorsque l’IMC est impossible à calculer ?
Oui. La version révisée du MNA-SF prévoit une alternative lorsque l’IMC ne peut pas être obtenu correctement.
Le tour de mollet peut alors être utilisé selon la méthode prévue par l’outil.

Cette option est particulièrement utile lorsque :
- la personne ne peut pas être pesée facilement ;
- la taille est difficile à mesurer ;
- elle reste alitée ;
- une station debout sécurisée est impossible.
Le seuil historique utilisé dans cette version est de 31 cm.
La mesure doit cependant être faite correctement, à l’endroit approprié et sans comprimer les tissus avec le ruban.
Un œdème important peut également compliquer l’interprétation d’une circonférence corporelle.
Comment calcule-t-on le score MNA-SF ?
Les points attribués aux six domaines sont additionnés.
Le score final se situe entre :
- 0 point, résultat le plus défavorable ;
- 14 points, résultat le plus favorable.

Contrairement à certaines échelles où le risque augmente avec le chiffre, le fonctionnement est ici simple :
plus le score est élevé, plus la situation nutritionnelle est considérée favorable par le questionnaire.
Trois zones d’interprétation sont utilisées :
- 12 à 14 ;
- 8 à 11 ;
- 0 à 7.
Ces catégories facilitent le dépistage mais ne remplacent pas l’examen médical.
Que signifie un score MNA-SF de 12 à 14 ?
Un résultat compris entre 12 et 14 correspond à un état nutritionnel considéré normal par la classification du MNA-SF.
Ce résultat est rassurant dans le cadre du dépistage.
Il ne doit toutefois pas conduire à ignorer un changement apparu après la passation.
Une personne peut obtenir 13 aujourd’hui puis développer quelques semaines plus tard :
- une maladie aiguë ;
- une perte d’appétit ;
- une perte de poids ;
- une difficulté à avaler ;
- une diminution importante de mobilité.
Un ancien bon score ne protège donc pas contre une dégradation ultérieure.
Que signifie un score MNA-SF de 8 à 11 ?
Un résultat compris entre 8 et 11 indique un risque de dénutrition selon la classification du MNA-SF.
Cette zone mérite une attention particulière car elle peut permettre d’agir avant une dégradation plus importante.
Le professionnel cherche notamment :
- si le poids diminue réellement ;
- pourquoi la personne mange moins ;
- si des difficultés bucco-dentaires existent ;
- si les courses ou la préparation des repas deviennent compliquées ;
- si une maladie récente a modifié l’appétit ;
- si une dépression, une douleur ou un isolement interviennent.
Le score constitue alors un signal pour rechercher les causes et mettre en place une surveillance adaptée.
Que signifie un score MNA-SF de 0 à 7 ?
La grille MNA-SF classe un score compris entre 0 et 7 dans la catégorie correspondant à une dénutrition.
Cette formulation peut toutefois prêter à confusion en France.
Le classement du questionnaire ne suffit pas à remplacer les critères diagnostiques médicaux recommandés pour les personnes de 70 ans et plus.
Un score très faible doit conduire à une évaluation nutritionnelle et médicale approfondie permettant notamment de :
- confirmer la perte de poids ;
- calculer l’IMC ;
- évaluer les apports ;
- chercher une sarcopénie ;
- identifier les maladies responsables ;
- apprécier la sévérité éventuelle de la situation.
La catégorie « dénutrition » du MNA-SF est un résultat de dépistage ; le diagnostic médical français repose sur des critères cliniques définis séparément.
Pourquoi le MNA ne suffit-il pas à diagnostiquer une dénutrition en France ?
Chez une personne de 70 ans ou plus, les recommandations françaises demandent l’association d’au moins :
- un critère phénotypique, décrivant une modification physique ;
- un critère étiologique, correspondant à une cause ou un mécanisme pouvant conduire à la dénutrition.
Le diagnostic ne repose donc pas simplement sur une note de questionnaire.
Le MNA sert à repérer rapidement une personne qui mérite davantage d’attention.
L’étape suivante consiste à vérifier objectivement les critères diagnostiques et à rechercher les causes de la situation.
Quels sont les critères phénotypiques après 70 ans ?
Selon les recommandations françaises pour les personnes de 70 ans et plus, un critère phénotypique peut être constitué par :
- une perte de poids d’au moins 5 % en 1 mois ;
- une perte de poids d’au moins 10 % en 6 mois ;
- une perte d’au moins 10 % par rapport au poids habituel avant une maladie ;
- un IMC inférieur à 22 kg/m² ;
- une sarcopénie confirmée selon les critères appropriés.
Un seul de ces critères phénotypiques suffit pour cette partie du diagnostic, mais il doit être associé à un critère étiologique.
Un IMC supérieur à 22 n’exclut donc pas à lui seul une dénutrition.
Quels sont les critères étiologiques de dénutrition ?
Le professionnel recherche également une cause pouvant expliquer le déséquilibre nutritionnel.
Parmi les critères retenus figurent notamment :
- une diminution d’au moins 50 % des apports alimentaires pendant plus d’une semaine ;
- toute réduction des apports pendant plus de deux semaines par rapport aux habitudes ou aux besoins ;
- une réduction de l’absorption digestive ;
- une maladie aiguë, chronique évolutive ou maligne constituant une situation d’agression pour l’organisme.
La recherche de la cause est essentielle car corriger uniquement la quantité de nourriture sans traiter le problème responsable peut être insuffisant.
Peut-on être en surpoids et dénutri ?
Oui. C’est l’une des idées importantes à retenir.
Une personne peut disposer d’un IMC élevé et perdre simultanément une quantité importante de poids ou de masse musculaire.
La HAS souligne que surpoids ou obésité n’excluent pas une dénutrition.
Une perte involontaire de 10 kg chez une personne qui en pesait initialement 100 ne doit pas être banalisée sous prétexte que son poids final reste élevé.
La vitesse de la perte, son contexte et l’évolution de la masse musculaire sont essentiels.
Comment fonctionne le MNA complet sur 30 points ?
Le MNA original comporte 18 items.
Il explore de manière plus détaillée plusieurs dimensions nutritionnelles, fonctionnelles, médicales, alimentaires et anthropométriques.
Le total peut atteindre 30 points.
La classification historique du MNA complet distingue :
- 24 à 30 points : état nutritionnel considéré satisfaisant ;
- 17 à 23,5 points : risque de dénutrition ;
- moins de 17 points : dénutrition selon la classification de l’outil.
Ces valeurs ne doivent pas être mélangées avec celles du MNA-SF.
Un score de 11 signifie donc quelque chose de totalement différent selon que l’on parle d’un questionnaire sur 14 ou d’un questionnaire sur 30.
Le MNA complet est-il obligatoire après un MNA-SF faible ?
Historiquement, la première version courte était utilisée comme une première étape avant le questionnaire complet.
La version révisée du MNA-SF a ensuite été conçue comme un outil autonome permettant déjà de distinguer trois catégories nutritionnelles.
Il n’est donc plus nécessaire d’effectuer automatiquement le MNA complet à chaque résultat inférieur à la normale.
En revanche, une évaluation nutritionnelle approfondie reste nécessaire lorsqu’un risque ou une dénutrition sont suspectés.
Cette évaluation ne se limite d’ailleurs pas forcément au MNA complet : elle doit répondre à la situation réelle de la personne.
Pourquoi l’appétit ne suffit-il pas à juger l’état nutritionnel ?
Une personne peut déclarer avoir « bon appétit » tout en consommant moins d’énergie ou de protéines qu’elle ne le pense.
À l’inverse, un appétit faible pendant une journée isolée n’indique pas forcément une dénutrition.
Il faut observer :
- la quantité réellement consommée ;
- la durée de la baisse des apports ;
- le nombre de repas ;
- les aliments évités ;
- les difficultés rencontrées pendant les repas ;
- l’évolution du poids.
L’alimentation réelle compte davantage qu’une réponse générale comme « oui, je mange normalement ».
Les problèmes de dents ou de déglutition peuvent-ils faire baisser le score ?
Indirectement, oui, lorsqu’ils diminuent suffisamment l’alimentation.
Une prothèse dentaire douloureuse, une bouche sèche ou des difficultés à avaler peuvent conduire à éviter :
- la viande ;
- les aliments secs ;
- certains fruits ou légumes ;
- les morceaux difficiles à mâcher ;
- parfois des repas entiers.
Il faut chercher pourquoi la personne mange moins plutôt que simplement lui demander de « faire un effort ».
Des fausses routes répétées, une toux lors des repas ou une difficulté nouvelle à avaler nécessitent une évaluation médicale adaptée.
Les médicaments peuvent-ils favoriser une baisse des apports ?
Certains traitements peuvent, selon la personne et la molécule, contribuer à des effets gênant l’alimentation :
- nausées ;
- somnolence ;
- constipation ;
- altération du goût ;
- sécheresse buccale ;
- confusion.
La chronologie est particulièrement utile lorsque la baisse d’appétit a commencé après une nouvelle prescription ou une modification de dose.
Une revue des traitements réellement pris peut alors être pertinente.
Les médicaments conservés à la maison doivent notamment être comparés aux prescriptions actuelles lorsqu’il existe un doute.
Un traitement ne doit pas être arrêté spontanément en raison d’un score MNA faible.
La fatigue peut-elle accompagner une dénutrition ?
Oui, mais la fatigue est très peu spécifique.
Une alimentation insuffisante peut contribuer à :
- une baisse d’énergie ;
- une perte de force ;
- une réduction des activités ;
- une récupération plus lente après une maladie.
Mais une fatigue persistante chez une personne âgée peut également avoir de nombreuses autres causes : anémie, infection, trouble du sommeil, maladie cardiaque, médicaments ou dépression, par exemple.
La fatigue renforce donc l’intérêt d’une évaluation globale mais ne permet pas de diagnostiquer une dénutrition.
Quel lien existe entre dénutrition et masse musculaire ?
Une insuffisance prolongée des apports peut contribuer à la perte de tissu musculaire.
Chez une personne âgée, cette diminution peut avoir des conséquences fonctionnelles importantes :
- lever de chaise plus difficile ;
- marche plus lente ;
- fatigabilité ;
- diminution de l’équilibre ;
- augmentation de la dépendance.
Le poids seul peut sous-estimer cette évolution.
Une personne peut parfois perdre de la masse musculaire alors que son poids total varie relativement peu, notamment lorsqu’elle présente une masse grasse importante ou des œdèmes.
Pourquoi la dénutrition peut-elle compliquer la cicatrisation ?
La réparation des tissus nécessite notamment suffisamment d’énergie et de protéines, ainsi qu’un état général permettant à l’organisme de cicatriser correctement.
Une mauvaise situation nutritionnelle peut contribuer à une récupération plus difficile lorsqu’une lésion existe déjà.
Une plaie ne doit cependant pas être expliquée uniquement par l’alimentation.
Une plaie qui cicatrise mal doit être évaluée en recherchant également les problèmes de pression, d’infection, de circulation, de diabète et les soins locaux nécessaires.
Le MNA peut alors participer à l’évaluation globale des facteurs susceptibles de ralentir la récupération.
À quelle fréquence faut-il surveiller le poids d’une personne âgée ?
La surveillance nutritionnelle ne devrait pas commencer uniquement lorsqu’une maigreur devient évidente.
Pour les personnes de 70 ans et plus, les recommandations françaises prévoient notamment une surveillance régulière du poids et de l’état nutritionnel.
La fréquence dépend du contexte :
- à domicile, régulièrement et lors des consultations ;
- à l’hôpital, dès l’admission puis pendant le séjour selon le service ;
- en EHPAD ou en unité de soins de longue durée, dès l’entrée puis régulièrement ;
- plus fréquemment en cas de maladie, chirurgie ou diminution des apports.
L’intérêt réside surtout dans l’évolution du poids et non dans une valeur isolée.
Que faire après un MNA-SF inférieur à 12 ?
Un score inférieur à 12 indique que la situation nutritionnelle mérite d’être approfondie.
L’étape suivante consiste notamment à déterminer :
- si une perte de poids est confirmée ;
- si les apports ont diminué ;
- depuis combien de temps ;
- quelle maladie ou difficulté peut l’expliquer ;
- si la masse et la force musculaires ont diminué ;
- si une aide est nécessaire pour les repas.
La prise en charge dépend de la cause.
Elle peut associer adaptation des repas, enrichissement alimentaire, conseils diététiques, traitement d’une maladie, prise en charge bucco-dentaire ou de la déglutition, activité physique adaptée et surveillance du poids.
Les compléments nutritionnels oraux peuvent être proposés dans certaines situations, mais ils doivent être intégrés à une stratégie adaptée à la personne.
Quel rôle le proche aidant peut-il jouer ?
L’entourage est souvent le premier à remarquer des changements discrets.
Un proche peut constater que la personne :
- laisse davantage de nourriture dans son assiette ;
- saute des repas ;
- ne fait plus ses courses ;
- porte des vêtements devenus trop larges ;
- a moins de force pour se lever ;
- oublie de manger ;
- ne parvient plus à préparer ses repas.
Ces observations sont particulièrement précieuses lorsque la personne minimise ou ne perçoit pas elle-même les changements.
L’aidant ne doit cependant pas porter seul la responsabilité de la surveillance nutritionnelle.
Les professionnels de santé et du secteur médico-social doivent également être impliqués.
Quand faut-il demander un avis gériatrique ou nutritionnel ?
Une évaluation plus complète est particulièrement pertinente lorsque plusieurs fragilités se cumulent :
- perte de poids involontaire ;
- chutes ;
- diminution de mobilité ;
- troubles cognitifs ;
- multiples maladies chroniques ;
- nombreux médicaments ;
- hospitalisations répétées ;
- perte d’autonomie.
La dénutrition est souvent multifactorielle chez la personne âgée.
Un médecin gériatre peut replacer l’alimentation dans une évaluation plus globale comprenant notamment mobilité, cognition, traitements, maladies et capacités quotidiennes.
Un diététicien peut de son côté effectuer une analyse détaillée des apports et proposer des adaptations individualisées.
Peut-on remplir soi-même un MNA ?
Il existe une version spécifiquement développée pour être complétée par une personne âgée ou son entourage.
Cela peut faciliter le repérage d’une situation préoccupante.
Mais un résultat personnel ne doit pas conduire à poser soi-même un diagnostic ou à modifier radicalement son alimentation sans tenir compte des maladies existantes.
Par exemple, les conseils nutritionnels doivent parfois être adaptés en présence :
- d’insuffisance rénale ;
- de troubles sévères de la déglutition ;
- de diabète ;
- d’insuffisance cardiaque ;
- d’autres restrictions médicales.
Un score préoccupant gagne donc à être communiqué à un professionnel de santé.
Pourquoi ne faut-il pas simplement conseiller de manger davantage ?
Une baisse des apports peut avoir une cause que l’augmentation des portions ne résoudra pas.
Une personne peut moins manger parce qu’elle :
- a mal aux dents ;
- n’arrive plus à avaler ;
- est nauséeuse ;
- n’a plus la force de cuisiner ;
- est dépressive ;
- ne reconnaît plus certains aliments ;
- souffre d’une maladie évolutive.
La bonne intervention dépend du problème qui limite les apports.
Il faut donc chercher la cause avant de résumer la prise en charge à « finir son assiette ».
L’albumine sanguine permet-elle de diagnostiquer la dénutrition ?
Non. C’est une autre confusion fréquente.
Chez la personne de 70 ans et plus, l’albuminémie n’est pas retenue par la HAS comme critère permettant à elle seule de poser le diagnostic de dénutrition.
Elle peut notamment être modifiée par l’inflammation et diverses maladies.
Une albuminémie basse ne remplace donc pas l’association d’un critère phénotypique et d’un critère étiologique.
Une fois la dénutrition diagnostiquée, une albuminémie inférieure à 30 g/L fait en revanche partie des critères permettant d’en apprécier la sévérité selon les recommandations françaises.
Comment reconnaît-on une dénutrition sévère après 70 ans ?
Une fois la dénutrition diagnostiquée, sa sévérité doit être évaluée séparément.
Chez la personne de 70 ans ou plus, une dénutrition est considérée sévère lorsqu’au moins un critère de sévérité est présent, notamment :
- IMC inférieur à 20 kg/m² ;
- perte de poids d’au moins 10 % en 1 mois ;
- perte de poids d’au moins 15 % en 6 mois ou par rapport au poids habituel avant la maladie ;
- albuminémie inférieure à 30 g/L selon les méthodes de mesure recommandées.
Ces seuils ne correspondent pas aux catégories numériques du MNA-SF.
Il faut donc éviter de qualifier une dénutrition de « sévère » uniquement à partir d’un score très bas au questionnaire.
Quand une difficulté alimentaire nécessite-t-elle une prise en charge rapide ?
Une diminution progressive de l’appétit mérite une consultation, mais certaines situations nécessitent une réaction plus rapide.
Il faut notamment demander rapidement un avis médical en cas :
- de quasi-arrêt des apports alimentaires ou hydriques ;
- de perte de poids rapide et importante ;
- de vomissements répétés ;
- de difficulté nouvelle à avaler ;
- de fausses routes répétées ;
- de confusion aiguë ;
- d’altération importante de l’état général.
En cas d’étouffement, de détresse respiratoire, de perte de connaissance ou d’une situation mettant immédiatement la personne en danger, il faut appeler le 15 ou le 112.
Quelles erreurs faut-il éviter avec le MNA ?
La simplicité du questionnaire peut conduire à plusieurs raccourcis.
Il faut éviter de :
- confondre dépistage et diagnostic médical ;
- mélanger le MNA-SF sur 14 et le MNA complet sur 30 ;
- considérer un IMC normal comme une garantie ;
- ignorer une perte de poids chez une personne en surpoids ;
- estimer le poids ancien au hasard ;
- négliger les difficultés de mastication ou de déglutition ;
- considérer la fatigue comme une preuve de dénutrition ;
- interpréter l’albumine comme un test diagnostique isolé ;
- attendre une maigreur spectaculaire avant de réagir ;
- modifier seul un traitement ou un régime sur la base du score.
Le meilleur usage du MNA consiste à détecter précocement une situation nutritionnelle préoccupante puis à comprendre pourquoi elle est apparue.
Tableau récapitulatif : comment interpréter le MNA ?
| Résultat | Interprétation | Point de vigilance |
|---|---|---|
| MNA-SF 12–14 | État nutritionnel normal selon l’outil | Réévaluer si la situation change |
| MNA-SF 8–11 | Risque de dénutrition | Chercher les causes |
| MNA-SF 0–7 | Dénutrition selon la classification MNA | Confirmer médicalement la situation |
| MNA complet 24–30 | État nutritionnel satisfaisant | Score sur 30, pas sur 14 |
| MNA complet 17–23,5 | Risque de dénutrition | Évaluation approfondie |
| MNA complet < 17 | Dénutrition selon le MNA | Ne remplace pas les critères HAS |
| IMC normal ou élevé | N’exclut pas une dénutrition | Regarder la perte de poids |
| Perte rapide de poids | Signal clinique important | Faire rechercher la cause |
Mini FAQ
Quel est le score maximum du MNA-SF ?
Le MNA-SF est coté sur 14 points. Un résultat de 12 à 14 correspond à un état nutritionnel considéré normal par l’outil, 8 à 11 signale un risque de dénutrition et 0 à 7 correspond à la catégorie « dénutrition » du questionnaire.
Quelle différence entre MNA sur 14 et MNA sur 30 ?
Le score sur 14 correspond au MNA-SF à six domaines, aujourd’hui privilégié pour le dépistage rapide. Le MNA original comporte 18 items et donne un score maximal de 30. Leurs seuils ne doivent donc jamais être mélangés.
Un MNA-SF à 7 suffit-il pour diagnostiquer une dénutrition ?
Non. Le MNA-SF classe ce résultat dans sa catégorie « dénutrition », mais en France le diagnostic chez une personne de 70 ans ou plus repose sur l’association d’au moins un critère phénotypique et un critère étiologique.
Peut-on être dénutri avec un IMC normal ?
Oui. Un IMC normal ou même élevé n’exclut pas une dénutrition. Une perte importante de poids, une diminution de la masse musculaire et une réduction prolongée des apports peuvent notamment révéler une situation préoccupante.
À quoi sert le tour de mollet dans le MNA ?
La version révisée du MNA-SF permet d’utiliser le tour de mollet lorsque l’IMC ne peut pas être calculé correctement. Cette alternative est notamment utile chez certaines personnes alitées ou difficiles à peser et mesurer debout.
Que faire après un mauvais score MNA ?
Il faut rechercher la cause de la baisse des apports ou du poids, vérifier les critères médicaux de dénutrition et adapter la prise en charge. Selon la situation, le médecin, le gériatre, le diététicien et les autres professionnels concernés peuvent participer à cette évaluation.
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