Certains troubles cognitifs passent inaperçus lorsque la mémoire semble encore relativement préservée. Une personne peut pourtant avoir davantage de difficultés à organiser une tâche, changer de stratégie ou contrôler une réponse automatique. Le test BREF s’intéresse précisément à ces capacités et son résultat demande une lecture plus nuancée qu’un simple chiffre.
Sommaire
À quoi sert le test BREF ?
BREF signifie Batterie Rapide d’Efficience Frontale. Elle correspond à la version française de la Frontal Assessment Battery, souvent abrégée FAB dans la littérature médicale.
Cette batterie a été conçue pour examiner rapidement certaines fonctions dépendant notamment des circuits frontaux du cerveau. Sa passation prend généralement une dizaine de minutes.
Les fonctions exécutives permettent notamment de :
- commencer une action ;
- organiser plusieurs étapes ;
- adapter un comportement lorsqu’une situation change ;
- passer d’une règle à une autre ;
- résister à une réponse automatique ;
- maintenir un objectif malgré des informations concurrentes.
Ces capacités interviennent dans des situations très ordinaires : préparer un repas, suivre une ordonnance, gérer des papiers, organiser une sortie ou effectuer plusieurs actions dans le bon ordre.
Une personne présentant une perte de mémoire n’a donc pas nécessairement le même profil qu’une personne dont la principale difficulté concerne l’organisation, l’initiative ou l’inhibition.
La BREF est particulièrement intéressante lorsque le médecin ou le neuropsychologue suspecte un fonctionnement exécutif perturbé, y compris lorsque les performances mnésiques ne sont pas au premier plan.
Quelles fonctions exécutives sont évaluées par la BREF ?
La BREF réunit six petites épreuves. Chacune sollicite une composante différente du fonctionnement exécutif.
La conceptualisation
La personne doit trouver le point commun entre plusieurs éléments. L’objectif est d’observer sa capacité à dépasser leur apparence pour identifier une catégorie ou un concept commun.
Une personne peut connaître parfaitement les objets proposés tout en éprouvant des difficultés à produire une réponse suffisamment abstraite.
La flexibilité mentale
Une tâche de fluence verbale demande de produire rapidement des mots répondant à une règle précise. Cette épreuve mobilise le langage, mais surtout la capacité à rechercher des réponses, maintenir la règle et changer efficacement de piste.
La programmation motrice
Une courte séquence de gestes doit être reproduite dans un ordre déterminé. L’épreuve examine la capacité à apprendre puis automatiser une succession d’actions.
La résistance aux interférences
La personne doit appliquer une consigne qui entre en concurrence avec la tendance naturelle à imiter l’examinateur. Elle doit donc conserver la règle en mémoire et résister à une réponse spontanée.
Le contrôle inhibiteur
L’épreuve dite « Go/No-Go » impose tantôt d’effectuer une réponse, tantôt de la retenir. Elle observe la capacité à bloquer une réaction devenue automatique.
L’autonomie vis-à-vis de l’environnement
La dernière épreuve recherche un comportement de préhension. Elle vérifie notamment si la personne peut empêcher un geste déclenché par un stimulus placé directement devant elle.
Une mauvaise performance à la BREF ne signifie pas simplement « avoir une mauvaise mémoire ». Elle peut traduire des difficultés d’initiative, de flexibilité, de programmation ou d’inhibition.
Comment se déroule la passation du test BREF ?
La passation doit respecter des consignes standardisées. L’examinateur présente successivement les six tâches et note la qualité de chaque réponse.
Le déroulement repose généralement sur quelques principes :
- les consignes sont expliquées de manière précise ;
- les démonstrations prévues par le test sont réalisées ;
- les aides autorisées sont limitées ;
- les réponses et les erreurs sont observées ;
- chaque sous-test reçoit une note comprise entre 0 et 3 ;
- les six notes sont additionnées pour obtenir le score sur 18.

L’intérêt ne réside pas uniquement dans le résultat final. La nature des erreurs compte également.
Deux personnes obtenant le même score global peuvent avoir des profils très différents. L’une peut surtout présenter une faible fluence verbale tandis qu’une autre échoue davantage aux tâches d’inhibition ou de programmation motrice.
Le comportement pendant l’examen apporte également des informations : besoin répété de reformuler une consigne, persévérations, impulsivité, lenteur inhabituelle ou difficulté à passer d’une règle à une autre.
Ces observations peuvent faire écho à des manifestations rencontrées dans le syndrome frontal sous-cortical, où l’apathie, le ralentissement exécutif et certaines difficultés de marche peuvent être associés.
Comment sont cotées les six épreuves ?
Chaque domaine rapporte au maximum 3 points. Le total peut donc atteindre 18 points. Une note faible à un sous-test indique que la tâche correspondante a posé davantage de difficultés, sans permettre à elle seule d’en déterminer la cause.
| Épreuve | Fonction principalement observée | Cotation |
|---|---|---|
| Similitudes | Conceptualisation et abstraction | 0 à 3 points |
| Fluence verbale | Flexibilité mentale et recherche lexicale | 0 à 3 points |
| Séquence motrice | Programmation et organisation des gestes | 0 à 3 points |
| Consignes conflictuelles | Résistance aux interférences | 0 à 3 points |
| Go/No-Go | Contrôle inhibiteur | 0 à 3 points |
| Comportement de préhension | Autonomie face aux stimuli extérieurs | 0 à 3 points |

Comment interpréter un score BREF sur 18 ?
Le score total est obtenu en additionnant les six sous-scores. Une performance proche de 18 traduit globalement une meilleure réussite aux tâches proposées tandis qu’un score plus faible signale davantage de difficultés.
Mais il n’existe pas un seuil universel permettant de séparer automatiquement une personne « normale » d’une personne présentant un trouble exécutif.
Dans certaines grilles utilisées en pratique francophone, des repères proches de 15 ou 16 sur 18 sont employés en tenant compte du niveau scolaire. Ces valeurs doivent rester des seuils de dépistage et non des diagnostics.
Plusieurs éléments doivent être considérés ensemble :
- le score total sur 18 ;
- les sous-tests particulièrement faibles ;
- l’âge ;
- le niveau d’études ;
- les capacités linguistiques ;
- les difficultés observées dans la vie quotidienne ;
- les autres tests cognitifs réalisés ;
- les maladies neurologiques ou psychiatriques connues.
| Résultat | Lecture possible | Précaution |
|---|---|---|
| 18/18 | Toutes les tâches de la batterie sont réussies | N’exclut pas tout trouble cognitif ou exécutif |
| Score légèrement diminué | Une ou plusieurs fonctions ont posé difficulté | Âge, scolarité et sous-scores doivent être examinés |
| Score nettement diminué | Un dysfonctionnement exécutif doit être recherché | Un bilan complémentaire est nécessaire pour en chercher la cause |
Pourquoi le score BREF ne doit-il jamais être interprété seul ?
La BREF est un outil de dépistage rapide. Elle ne remplace pas une évaluation neuropsychologique complète et ne permet pas d’identifier à elle seule une maladie.
Un résultat faible peut notamment être influencé par :
- un faible niveau scolaire ;
- une difficulté à comprendre les consignes ;
- une fatigue importante ;
- un trouble du langage ;
- un ralentissement moteur ;
- un déficit auditif ou visuel ;
- un état dépressif ;
- certains médicaments ;
- une affection neurologique.
Les travaux normatifs montrent par ailleurs que l’âge et le niveau d’éducation peuvent modifier les performances à la FAB/BREF. Une personne âgée ayant eu une scolarité courte ne doit donc pas être comparée mécaniquement à un adulte plus jeune ayant suivi de longues études.
Le score prend surtout du sens lorsque ses résultats correspondent à des changements observables : incapacité nouvelle à organiser plusieurs étapes, erreurs inhabituelles dans la gestion des médicaments, perte d’initiative ou difficulté à modifier une stratégie devenue inefficace.
Un chiffre anormal attire l’attention sur les fonctions exécutives. Le diagnostic repose ensuite sur l’histoire clinique, le quotidien, les autres tests cognitifs et, lorsque cela est nécessaire, les examens neurologiques.
BREF, MMSE et test de l’horloge : quelles différences ?
Les tests cognitifs ne mesurent pas exactement les mêmes capacités. Cette différence explique pourquoi plusieurs épreuves peuvent être proposées au cours d’un même bilan.
Le MMSE, également appelé MMS, fournit une appréciation globale de plusieurs fonctions cognitives. Il explore notamment l’orientation, la mémoire, l’attention, le calcul et certaines capacités langagières.
La BREF cible davantage les fonctions exécutives et frontales.
Le test de l’horloge sollicite pour sa part plusieurs capacités en même temps : compréhension de la consigne, organisation spatiale, planification, attention et fonctions exécutives.
| Test | Fonctions principalement explorées | Utilité |
|---|---|---|
| BREF | Flexibilité, inhibition, programmation, conceptualisation | Repérer un profil dysexécutif |
| MMSE / MMS | Cognition globale, orientation, mémoire, langage | Repérage cognitif global |
| Test de l’horloge | Planification, visuospatial, attention, exécutif | Compléter rapidement l’évaluation cognitive |
Dans quelles maladies le test BREF peut-il être utile ?
Un syndrome dysexécutif peut apparaître dans différentes maladies neurologiques. La BREF ne sert pas à déterminer laquelle est présente, mais elle peut aider à objectiver certaines difficultés.
Démence vasculaire
Les atteintes des petits vaisseaux cérébraux et certaines lésions après un AVC peuvent affecter les circuits fronto-sous-corticaux. Une démence vasculaire peut ainsi s’accompagner d’un ralentissement, d’une diminution de l’initiative et de difficultés d’organisation parfois importantes.
Chez certaines personnes, les fonctions exécutives sont alors atteintes de façon plus visible que la mémoire au début de l’évolution.
Maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer est fréquemment associée à des troubles de la mémoire épisodique au début de son évolution, mais les fonctions exécutives peuvent également se dégrader.
Le profil obtenu à la BREF doit donc être rapproché des tests de mémoire et des autres évaluations cognitives plutôt que considéré séparément.
Maladie à corps de Lewy
La maladie à corps de Lewy peut provoquer précocement des difficultés d’attention, d’organisation et de fonctionnement exécutif, parfois accompagnées de fluctuations cognitives et de symptômes parkinsoniens.
Maladie de Parkinson et syndromes parkinsoniens
Les circuits impliqués dans les fonctions exécutives peuvent également être perturbés dans la maladie de Parkinson et différents syndromes parkinsoniens. Le ralentissement ne doit toutefois pas être confondu systématiquement avec un déficit cognitif : les difficultés motrices influencent certaines tâches.
Atteintes vasculaires cérébrales
Après certains AVC, des difficultés de planification, de flexibilité ou d’inhibition peuvent persister même lorsque la mémoire paraît relativement correcte.
Le même score BREF peut être observé dans plusieurs maladies différentes. C’est le profil complet de la personne, et non la batterie seule, qui permet d’orienter le diagnostic.
Quels signes du quotidien peuvent faire rechercher un trouble exécutif ?
Les difficultés exécutives ne se manifestent pas toujours par des oublis évidents. Elles sont parfois mieux repérées dans les activités complexes de la vie quotidienne.
Plusieurs changements peuvent attirer l’attention :
- ne plus savoir par quelle étape commencer ;
- abandonner une tâche pourtant familière ;
- répéter une action malgré son inefficacité ;
- avoir du mal à changer de stratégie ;
- se perdre dans plusieurs consignes successives ;
- commettre davantage d’erreurs dans les papiers ou les médicaments ;
- avoir besoin d’être constamment relancé ;
- réagir impulsivement sans parvenir à se retenir ;
- rencontrer de nouvelles difficultés pour organiser une sortie ou un repas.
Une diminution de l’initiative peut parfois être confondue avec de la paresse ou un manque de volonté. Dans certains tableaux neurologiques, il peut au contraire s’agir d’une véritable difficulté de mise en route.
Ce profil est particulièrement bien illustré dans le syndrome frontal sous-cortical, où troubles exécutifs, apathie et modifications de la marche peuvent se retrouver chez une même personne.
Lorsque les changements concernent surtout les oublis, l’orientation ou la répétition des mêmes questions, les repères permettant de distinguer un oubli banal d’un trouble nécessitant un bilan sont détaillés dans le dossier sur la perte de mémoire chez la personne âgée.
Que faire si le score BREF est bas ?
Un score faible justifie d’abord de replacer le résultat dans son contexte. Il ne sert pas à annoncer directement une démence ou une maladie neurodégénérative.
Le professionnel peut notamment vérifier :
- quelles épreuves sont réellement échouées ;
- si la personne a correctement compris les consignes ;
- si un trouble moteur a gêné certaines réponses ;
- si la fatigue ou l’anxiété ont perturbé la passation ;
- si des difficultés comparables existent réellement au quotidien ;
- si d’autres domaines cognitifs sont touchés.
Selon les résultats, une évaluation plus complète peut associer d’autres tests neuropsychologiques évaluant la mémoire, l’attention, la vitesse de traitement, l’inhibition ou la flexibilité mentale.
Le médecin peut également rechercher une cause générale susceptible d’altérer les performances cognitives : médicaments, troubles du sommeil, dépression, carences, problème thyroïdien ou autre affection médicale.
Lorsque le tableau devient complexe chez une personne âgée, un gériatre peut participer à une évaluation globale intégrant cognition, autonomie, traitements, mobilité et état général.
Des examens neurologiques ou une imagerie cérébrale peuvent être proposés lorsque les symptômes et l’examen clinique les justifient, notamment lorsqu’une origine vasculaire ou neurodégénérative est envisagée.
Un score BREF bas est un signal à explorer, pas un diagnostic. La question essentielle reste de savoir quelles fonctions sont réellement perturbées et comment ces difficultés retentissent sur la vie quotidienne.
Mini FAQ
Quel est le score maximal au test BREF ?
Le score maximal est de 18 points. Les six épreuves sont chacune cotées de 0 à 3. Un score élevé traduit une meilleure réussite aux tâches proposées, mais un résultat de 18/18 n’exclut pas tous les troubles cognitifs.
À partir de quel score la BREF est-elle anormale ?
Il n’existe pas de seuil unique valable pour toutes les personnes. Des repères proches de 15 ou 16 sont utilisés dans certaines grilles francophones, notamment en fonction du niveau scolaire. L’âge, la scolarité, le profil des sous-tests et le contexte médical doivent toutefois être pris en compte.
Un score BREF faible signifie-t-il Alzheimer ?
Non. Une baisse peut être observée dans différentes situations neurologiques et ne permet pas d’identifier une maladie précise. La démence vasculaire, certains syndromes parkinsoniens ou d’autres atteintes cérébrales peuvent également altérer les fonctions exécutives.
Quelle différence entre la BREF et le MMSE ?
Le MMSE évalue plusieurs domaines de la cognition de manière globale alors que la BREF se concentre davantage sur les capacités exécutives frontales : conceptualisation, flexibilité, programmation, résistance aux interférences et inhibition.
Le test BREF peut-il être réalisé à domicile ?
La reproduction approximative des exercices ne permet pas d’obtenir un résultat fiable. La cotation repose sur des consignes et des critères précis. Une passation par un professionnel permet en outre d’observer les erreurs et de replacer le score dans le contexte clinique.
Combien de temps dure le test BREF ?
La batterie est courte et sa passation prend généralement environ une dizaine de minutes. Sa rapidité explique son utilisation comme outil de repérage avant, si nécessaire, une exploration neuropsychologique plus complète.










