Test de Grober et Buschke : évaluer la mémoire épisodique chez le senior

Test de Grober et Buschke : évaluer la mémoire épisodique chez le senior

Deux personnes qui oublient les mêmes mots ne présentent pas forcément le même trouble de mémoire. L’une peut avoir du mal à retrouver une information pourtant conservée, tandis que l’autre l’a peut-être moins bien mémorisée.

En bref :

  • Le test de Grober et Buschke explore principalement la mémoire épisodique verbale.
  • La version francophone RL/RI-16 utilise 16 éléments appris avec des indices sémantiques.
  • Trois rappels libres sont suivis d’un indiçage pour les éléments non retrouvés spontanément.
  • Le rappel libre total et le rappel total peuvent chacun atteindre 48 points.
  • Un rappel différé évalue ce qui reste accessible après un délai d’environ 20 minutes.
  • Le profil des scores compte davantage qu’un seuil isolé et ne permet jamais, à lui seul, de diagnostiquer une maladie d’Alzheimer.

Sommaire

Qu’est-ce que le test de Grober et Buschke ?

Le nom « test de Grober et Buschke » désigne couramment une famille d’épreuves fondées sur le rappel libre et le rappel facilité par des indices.

En pratique francophone, le terme renvoie très souvent au RL/RI-16 à seize items, adaptation du Free and Cued Selective Reminding Test.

Cette épreuve neuropsychologique examine principalement la mémoire épisodique verbale, c’est-à-dire la capacité à :

  • enregistrer une information nouvelle ;
  • la conserver en mémoire ;
  • la retrouver spontanément ;
  • la récupérer lorsqu’un indice est fourni ;
  • la reconnaître parmi d’autres informations.

Sa particularité est de mieux contrôler la manière dont les informations sont apprises avant de tester leur rappel.

Cette étape d’encodage contrôlé permet d’éviter qu’un mauvais résultat soit trop rapidement attribué à la mémoire alors que la personne n’avait pas correctement enregistré les informations au départ.

Le test ne demande pas seulement combien de mots sont oubliés : il cherche à comprendre à quel moment du processus mnésique la difficulté apparaît.


Qu’est-ce que la mémoire épisodique ?

La mémoire épisodique permet de conserver des événements ou informations associés à un contexte d’apprentissage.

Dans la vie quotidienne, elle intervient par exemple lorsqu’une personne doit se rappeler :

  • une conversation récente ;
  • le contenu d’un rendez-vous ;
  • une information donnée par son médecin ;
  • ce qu’elle a fait la veille ;
  • l’endroit où elle a posé un objet ;
  • une liste d’éléments apprise récemment.

Elle diffère de la mémoire des connaissances générales. Savoir que Rome est une ville relève davantage de la mémoire sémantique ; se rappeler qu’un proche a parlé de Rome hier sollicite la mémoire épisodique.

Le RL/RI-16 utilise justement des connaissances sémantiques comme indices pour faciliter l’apprentissage puis la récupération d’informations nouvelles.


Pourquoi ne suffit-il pas de demander de mémoriser une liste de mots ?

Lorsqu’une liste est simplement lue à une personne, un mauvais rappel ultérieur peut avoir plusieurs explications.

Elle peut avoir :

  • mal entendu certains mots ;
  • été distraite pendant la présentation ;
  • utilisé une stratégie d’apprentissage peu efficace ;
  • mal compris ce qui devait être mémorisé ;
  • correctement enregistré les mots mais avoir du mal à les retrouver ;
  • réellement perdu une partie des informations mémorisées.

Le test cherche à réduire cette ambiguïté en guidant l’apprentissage grâce à des catégories sémantiques.

Il devient alors possible de comparer ce que la personne retrouve spontanément avec ce qu’elle retrouve lorsqu’on lui redonne la même catégorie.

Une information retrouvée grâce à un indice n’a pas le même sens clinique qu’une information qui reste inaccessible malgré cet indice.


Comment commence la phase d’encodage ?

Dans la version RL/RI-16, seize éléments doivent être appris. Ils sont généralement présentés par petits groupes afin que l’apprentissage puisse être contrôlé.

Pour chaque élément, le professionnel fournit un indice correspondant à sa catégorie.

La personne doit identifier l’élément répondant à cette catégorie. Cette association crée un lien précis entre :

  • l’élément à mémoriser ;
  • sa signification ;
  • l’indice qui pourra être réutilisé plus tard.

Une fois les éléments identifiés, la feuille ou le support n’est plus visible et le professionnel vérifie leur rappel immédiat à l’aide des mêmes indices.

Si certains éléments ne sont pas correctement récupérés, la procédure d’apprentissage est reprise selon les règles du test.

Cette vérification de l’encodage constitue une différence majeure avec une simple liste de mots lue une seule fois.


Pourquoi les vrais mots du test ne doivent-ils pas être appris à l’avance ?

Connaître les éléments avant une évaluation peut fausser la performance.

Une personne ayant mémorisé à l’avance les mots, leurs catégories ou leur ordre n’est plus placée dans les conditions prévues par l’épreuve.

Il est donc préférable de ne pas rechercher :

  • la liste exacte sur Internet ;
  • les fiches originales ;
  • les réponses attendues ;
  • une méthode permettant de les apprendre à l’avance.

Le but n’est pas de réussir le test comme un examen scolaire, mais d’obtenir une mesure représentative du fonctionnement de la mémoire.

Lorsque des évaluations répétées sont nécessaires, des formes alternatives peuvent être utilisées afin de réduire l’effet d’apprentissage.


Que se passe-t-il après l’apprentissage des 16 éléments ?

Après la phase d’encodage, une courte tâche distractrice empêche la personne de maintenir simplement les mots en répétition mentale immédiate.

Le premier rappel libre commence ensuite.

La consigne consiste à retrouver spontanément le plus possible d’éléments sans recevoir leur catégorie.

La personne peut les donner dans n’importe quel ordre.

Le professionnel note :

  • les réponses correctes ;
  • les oublis ;
  • les répétitions ;
  • les réponses étrangères à la liste ;
  • la manière dont la récupération évolue.

Dans le protocole classique du RL/RI-16, le rappel libre peut durer jusqu’à environ deux minutes.


À quoi sert ensuite le rappel indicé ?

Après le rappel libre, le professionnel reprend uniquement les éléments que la personne n’a pas retrouvés spontanément.

Il lui fournit alors l’indice sémantique utilisé pendant l’apprentissage.

Indice aidant le rappel mémoire
Indice aidant le rappel mémoire.

Imaginons, sans utiliser les véritables items du test, qu’un élément appartienne à la catégorie des instruments de musique.

Si la personne ne le retrouve pas librement, le professionnel peut lui rappeler sa catégorie. Deux situations sont alors possibles :

  • l’indice permet immédiatement de retrouver l’élément ;
  • l’élément reste inaccessible malgré l’indice.

Cette différence est centrale dans l’interprétation.

Un indice efficace suggère que l’information est disponible mais difficile à récupérer spontanément ; l’absence de bénéfice demande une analyse différente.


Pourquoi réalise-t-on trois essais successifs ?

Un seul rappel donnerait une photographie limitée des performances.

Les trois essais permettent d’observer la progression de l’apprentissage.

Chez certaines personnes, le nombre d’éléments retrouvés librement augmente nettement :

  • peu au premier essai ;
  • davantage au deuxième ;
  • encore davantage au troisième.

Cette courbe renseigne sur la capacité à profiter des présentations et des rappels précédents.

Une progression faible ou irrégulière peut attirer l’attention, mais elle doit être interprétée avec les autres résultats.

Entre les essais, une courte tâche d’interférence évite que la personne maintienne simplement les informations par répétition continue.


Comment calcule-t-on le rappel libre total ?

Chaque essai libre peut permettre de récupérer jusqu’à 16 éléments.

Le rappel libre total correspond à la somme des trois essais.

Par exemple, une personne retrouve librement :

  • 7 éléments au premier essai ;
  • 10 au deuxième ;
  • 12 au troisième.

Son rappel libre total serait alors de 29 sur 48.

Ce score mesure principalement la capacité à accéder spontanément aux informations qui ont été apprises.

Il ne doit cependant pas être interprété seul, car deux personnes obtenant 29/48 peuvent avoir des performances très différentes après indiçage.


Qu’est-ce que le rappel total ?

Le rappel total additionne les éléments retrouvés librement et ceux récupérés grâce aux indices.

Pour chacun des trois essais, le maximum reste de 16 éléments.

La somme des trois essais peut donc atteindre 48 éléments correctement rappelés.

Le contraste entre rappel libre et rappel total est particulièrement informatif.

Une personne peut par exemple avoir :

  • un rappel libre relativement faible ;
  • mais un rappel total presque complet grâce aux indices.

Chez une autre personne, les indices peuvent n’apporter que peu de réponses supplémentaires.

Ces deux profils n’orientent pas vers le même mécanisme mnésique.

Le score total indique ce que la personne peut récupérer lorsque les conditions de recherche sont facilitées.


Comment interpréter un rappel libre bas mais un bon rappel total ?

Lorsque la personne retrouve peu d’informations spontanément mais bénéficie fortement des indices, l’information semble au moins en partie disponible en mémoire.

Le problème peut davantage concerner l’accès spontané aux souvenirs que leur stockage lui-même.

Ce type de difficulté peut notamment être influencé par :

  • des fonctions exécutives moins efficaces ;
  • un ralentissement cognitif ;
  • une attention fluctuante ;
  • certaines pathologies neurologiques ;
  • un état dépressif ;
  • une grande fatigue.

Cette distinction reste une interprétation neuropsychologique et non un diagnostic médical.

Une fatigue persistante chez un senior peut ainsi modifier l’attention et la disponibilité cognitive au moment d’une évaluation.


Que signifie un faible bénéfice de l’indiçage ?

Une situation différente apparaît lorsque les performances restent basses même après la présentation des indices correspondant aux catégories utilisées lors de l’apprentissage.

Le professionnel peut alors envisager une difficulté de stockage plus importante, surtout lorsque d’autres indices du test vont dans le même sens.

Le profil peut associer :

  • un rappel libre faible ;
  • un rappel total également faible ;
  • une faible efficacité de l’indiçage ;
  • des oublis importants au rappel différé ;
  • des intrusions ;
  • des anomalies lors de la reconnaissance.

Un tel profil est notamment étudié dans l’évaluation des syndromes amnésiques de type hippocampique.

Il peut être rencontré dans la maladie d’Alzheimer typique, mais il n’est pas suffisamment spécifique pour annoncer ce diagnostic à partir du test seul.

Un indiçage peu efficace renforce la suspicion d’un trouble du stockage, mais il ne donne pas à lui seul le nom de la maladie responsable.


Qu’est-ce que l’indice de sensibilité à l’indiçage ?

Certains comptes rendus utilisent un indice destiné à quantifier le bénéfice apporté par les indices sémantiques.

Dans une méthode couramment utilisée sur les trois essais, il peut être calculé ainsi :

(rappel total − rappel libre) / (48 − rappel libre) × 100

L’indice estime la proportion des informations qui n’étaient pas retrouvées librement mais qui ont pu être récupérées grâce aux catégories.

Schématiquement :

  • un indice élevé indique que les indices récupèrent une grande partie des éléments manquants ;
  • un indice faible indique qu’ils apportent peu de bénéfice.

La formule et les variables utilisées peuvent toutefois différer selon la version du FCSRT ou le protocole employé.

Il faut donc lire l’indice avec les normes et la méthode précisées sur le compte rendu plutôt que lui appliquer un seuil trouvé séparément.


À quoi sert la phase de reconnaissance ?

Dans le protocole francophone complet, une phase de reconnaissance peut suivre les essais de rappel.

La personne doit reconnaître les éléments appris parmi d’autres éléments qui ne faisaient pas partie de la liste.

Le professionnel observe :

  • les éléments correctement reconnus ;
  • les éléments cibles oubliés ;
  • les distracteurs incorrectement acceptés ;
  • la nature de certaines fausses reconnaissances.

Reconnaître est généralement différent de rappeler spontanément.

Dans la vie quotidienne, c’est la différence entre retrouver seul le nom d’une personne et reconnaître ce nom lorsqu’il est proposé parmi plusieurs possibilités.

Une reconnaissance préservée malgré un rappel libre faible peut apporter des informations supplémentaires sur l’accessibilité des traces mnésiques.


Pourquoi attend-on environ 20 minutes avant le rappel différé ?

Le rappel différé permet de vérifier ce qui reste disponible après un délai pendant lequel la personne effectue d’autres tâches.

Elle doit d’abord tenter un rappel libre différé des 16 éléments.

Les indices sémantiques sont ensuite proposés pour les éléments restés introuvables.

Deux principaux scores sont alors obtenus :

  • le rappel libre différé, de 0 à 16 ;
  • le rappel total différé, de 0 à 16.

Le professionnel peut comparer ces résultats avec ceux obtenus à la fin de l’apprentissage.

Une perte importante d’informations malgré un apprentissage initial satisfaisant peut être particulièrement informative.

Le rappel différé vérifie si les informations restent accessibles après que l’attention a été occupée par autre chose.


Que signifie une perte entre le troisième essai et le rappel différé ?

Une fois les apprentissages terminés, certaines personnes conservent presque toutes les informations accessibles au troisième essai.

D’autres en perdent davantage au cours du délai.

Le neuropsychologue peut donc examiner :

  • le troisième rappel total ;
  • le rappel total différé ;
  • le nombre d’informations perdues ;
  • l’efficacité des indices après le délai.

La perte différée ne s’interprète pas indépendamment de l’apprentissage initial.

Une personne qui n’avait jamais correctement appris plusieurs éléments ne peut évidemment pas être considérée comme les ayant « oubliés » après 20 minutes.

C’est précisément pour cela que le contrôle de l’encodage au début du test est essentiel.


Que sont les intrusions et pourquoi sont-elles notées ?

Une intrusion correspond à un mot produit comme appartenant à la liste alors qu’il n’en faisait pas partie.

Elle peut apparaître lors :

  • du rappel libre ;
  • du rappel indicé ;
  • du rappel différé.

Une intrusion isolée n’est pas suffisante pour conclure à un trouble spécifique.

Elle peut survenir sous l’effet de la fatigue, d’une confusion avec une autre réponse ou d’une association sémantique.

Des intrusions nombreuses et répétées prennent davantage de sens lorsqu’elles s’associent à d’autres anomalies de mémoire.

Le professionnel examine également si la personne répète plusieurs fois une réponse déjà donnée sans reconnaître qu’elle l’a déjà produite.


Existe-t-il un score normal unique pour tous les seniors ?

Non. Appliquer exactement le même seuil à toutes les personnes âgées serait trop simplificateur.

Des données normatives françaises ont notamment montré que les performances peuvent varier en fonction :

  • de l’âge de la personne ;
  • du sexe ;
  • du niveau d’études.

D’autres travaux montrent également l’importance du contexte linguistique et culturel.

Le neuropsychologue compare donc les résultats à des données adaptées à la version du test et aux caractéristiques pertinentes de la personne.

Un score brut comme 25/48 ou 40/48 n’est pas suffisamment informatif sans savoir :

  • de quel sous-score il s’agit ;
  • quelle version a été utilisée ;
  • quel étalonnage est appliqué ;
  • quels sont les autres résultats.

Le même chiffre peut avoir une signification différente selon le sous-test, l’âge et les normes utilisées.


Pourquoi l’âge influence-t-il les résultats sans forcément traduire une maladie ?

Le vieillissement normal peut modifier certains aspects de la mémoire, notamment la vitesse avec laquelle une information est récupérée spontanément.

Une personne âgée peut ainsi :

  • mettre davantage de temps à retrouver un mot ;
  • avoir besoin d’un contexte pour récupérer une information ;
  • être davantage sensible aux distractions ;
  • apprendre plus progressivement une liste.

Ces changements ne signifient pas automatiquement qu’une maladie neurodégénérative est présente.

Le caractère progressif des difficultés, leur importance par rapport aux normes et leur retentissement dans la vie quotidienne jouent un rôle essentiel dans l’interprétation.


Le niveau d’études peut-il modifier la performance ?

Oui. Le parcours scolaire peut influencer la familiarité avec les tâches verbales, certaines stratégies d’apprentissage et les performances obtenues aux tests neuropsychologiques.

Ce facteur ne signifie pas qu’une personne très diplômée possède nécessairement une meilleure mémoire dans toutes les situations.

Il signifie que la comparaison normative doit tenir compte de caractéristiques susceptibles de modifier le score attendu.

Une interprétation correcte ne consiste donc pas à comparer le résultat avec celui d’un conjoint, d’un voisin ou d’un autre patient du même âge.

Le professionnel utilise des références construites à partir de groupes comparables.


La langue peut-elle fausser un test de mémoire verbale ?

Le RL/RI-16 repose sur des mots et des catégories sémantiques. La maîtrise de la langue utilisée pendant l’épreuve est donc importante.

Une personne peut avoir des difficultés parce qu’elle :

  • utilise peu le français au quotidien ;
  • connaît mal certains termes ;
  • a appris le français tardivement ;
  • comprend différemment une catégorie ;
  • présente un trouble du langage indépendant de la mémoire.

Une difficulté linguistique ne doit pas être transformée en trouble mnésique.

Le professionnel doit identifier ce facteur avant de comparer les performances aux normes habituelles.


Un problème de vision peut-il modifier la passation ?

Certaines versions du RL/RI-16 utilisent une présentation visuelle des éléments à apprendre.

Une vision insuffisante, un contraste mal perçu ou une difficulté à lire peuvent donc perturber l’encodage avant même que la mémoire soit réellement testée.

Il faut signaler :

  • une baisse récente de la vision ;
  • des lunettes oubliées ;
  • une vision double ;
  • une difficulté à lire les éléments présentés.

Une personne qui sent sa vue baisser doit pouvoir le préciser avant l’épreuve afin que les conditions de passation soient adaptées ou interprétées avec prudence.

L’objectif est de mesurer la mémoire et non les conséquences d’un support mal perçu.


La fatigue ou le manque de sommeil peuvent-ils faire baisser le score ?

Oui. Le test demande de maintenir son attention, comprendre les indices, mémoriser les associations et rechercher rapidement les informations.

Une personne très fatiguée peut présenter :

  • davantage de distractions ;
  • un encodage moins efficace ;
  • des réponses plus lentes ;
  • une motivation réduite ;
  • des fluctuations entre les essais.

Les conditions du jour comptent donc dans l’analyse.

Une mauvaise nuit isolée n’explique pas automatiquement une performance très altérée, mais elle doit être signalée au professionnel.

Il en va de même après une infection récente, une hospitalisation ou un voyage particulièrement fatigant.


Une dépression peut-elle ressembler à un trouble de mémoire ?

Une dépression peut s’accompagner de difficultés de concentration, de ralentissement et d’un sentiment marqué d’inefficacité cognitive.

La personne peut se plaindre :

  • d’oublier constamment ;
  • de ne plus parvenir à lire ;
  • d’avoir l’esprit vide ;
  • de ne plus réussir à se concentrer ;
  • de chercher ses mots.

Le profil mnésique peut différer de celui observé dans certains troubles neurodégénératifs, mais aucun sous-score isolé ne permet de faire cette distinction avec certitude.

L’humeur, le sommeil, les événements récents et le fonctionnement quotidien font donc partie de l’évaluation globale.


Les médicaments peuvent-ils influencer les performances ?

Certains traitements peuvent provoquer chez certaines personnes une somnolence, une confusion, un ralentissement ou une baisse de l’attention.

Le contexte mérite d’être signalé lorsqu’un trouble cognitif apparaît après :

  • le début d’un nouveau médicament ;
  • une augmentation de dose ;
  • l’association de plusieurs traitements sédatifs ;
  • une erreur de prise ;
  • une hospitalisation ayant modifié l’ordonnance.

Le médecin peut avoir besoin de connaître les médicaments réellement pris à domicile, y compris ceux qui ne figurent plus clairement sur une ancienne ordonnance.

Un traitement ne doit jamais être arrêté volontairement avant un test cognitif sans instruction médicale.


Quel profil est souvent recherché dans la maladie d’Alzheimer ?

La maladie d’Alzheimer typique peut provoquer un syndrome amnésique dans lequel les informations nouvelles sont mal conservées malgré un encodage contrôlé.

Au RL/RI-16, le professionnel peut notamment observer :

  • des rappels libres déficitaires ;
  • des rappels totaux également réduits ;
  • un bénéfice limité de l’indiçage ;
  • une performance différée faible ;
  • des intrusions dans certains cas.

Ce profil dit hippocampique a été largement étudié dans la maladie d’Alzheimer.

Il ne constitue cependant pas une preuve suffisante de la maladie. D’autres pathologies peuvent altérer la mémoire et toutes les formes de maladie d’Alzheimer ne se présentent pas initialement de la même façon.

Le diagnostic actuel repose sur une démarche clinique globale et, lorsque cela est indiqué, sur d’autres examens.

Un profil compatible avec une atteinte hippocampique augmente l’intérêt d’examens complémentaires ; il ne transforme pas un test de mémoire en diagnostic définitif.


Quelle différence entre un trouble de récupération et un trouble de stockage ?

Cette distinction constitue l’un des principaux intérêts du test.

Dans un trouble surtout lié à la récupération, la personne peut avoir du mal à retrouver spontanément l’information, alors qu’un indice approprié permet d’en récupérer une grande partie.

Dans un trouble du stockage, les informations restent davantage inaccessibles même lorsque l’indice utilisé pendant l’apprentissage est fourni.

Rappel libre versus rappel indicé
Rappel libre versus rappel indicé.

On peut résumer le principe ainsi :

  • rappel libre bas + fort bénéfice de l’indice : difficulté de récupération possible ;
  • rappel libre bas + rappel total bas malgré l’indice : difficulté de stockage possible.

Il s’agit d’une grille de lecture et non d’une équation diagnostique.

Le professionnel tient également compte de l’encodage initial, du rappel différé, des erreurs et des autres fonctions cognitives.


Pourquoi le résultat doit-il être comparé à d’autres tests cognitifs ?

La mémoire épisodique ne représente qu’une partie de la cognition.

Un bilan neuropsychologique peut également explorer :

  • l’attention ;
  • le langage ;
  • la fluence verbale ;
  • les fonctions exécutives ;
  • les capacités visuospatiales ;
  • la mémoire de travail ;
  • l’orientation.

La cohérence entre plusieurs épreuves aide à comprendre si la difficulté est relativement isolée ou si plusieurs fonctions sont concernées.

Chez une personne âgée présentant une plainte cognitive complexe, un bilan avec un gériatre peut également intégrer les maladies, les traitements, l’autonomie, la nutrition et l’humeur.


Pourquoi l’autonomie quotidienne compte-t-elle autant que le score ?

Un trouble neurocognitif ne se résume pas à une mauvaise performance sur une feuille.

Le médecin cherche à savoir si les difficultés commencent à modifier la vie réelle.

Les questions peuvent porter sur la capacité à :

  • respecter les rendez-vous ;
  • préparer des repas habituels ;
  • faire les courses ;
  • gérer les comptes ;
  • prendre correctement les médicaments ;
  • se déplacer dans des lieux familiers ;
  • utiliser les appareils habituels.

Une baisse progressive de ces capacités donne un contexte très différent d’une plainte isolée sans conséquence fonctionnelle.

Avec l’accord de la personne lorsque cela est possible, les observations d’un proche aidant peuvent préciser depuis quand les changements sont apparus et comment ils évoluent.


Peut-on avoir un mauvais score sans maladie neurodégénérative ?

Oui. Une performance inférieure aux attentes peut avoir de nombreuses explications.

Le médecin ou le neuropsychologue peut notamment rechercher :

  • une dépression ;
  • un trouble anxieux important ;
  • une fatigue majeure ;
  • un trouble du sommeil ;
  • une déficience sensorielle ;
  • une consommation d’alcool ;
  • un effet médicamenteux ;
  • une maladie neurologique différente ;
  • une maladie générale aiguë ;
  • un problème linguistique.

Une anomalie doit donc être expliquée avant d’être étiquetée.

Le caractère ancien ou récent des difficultés et leur évolution dans le temps sont particulièrement importants.


Un bon résultat permet-il d’exclure toute maladie de mémoire ?

Non. Aucune épreuve neuropsychologique isolée ne possède une sensibilité parfaite pour toutes les maladies, tous les stades et tous les profils.

Une personne peut obtenir un résultat satisfaisant tout en présentant :

  • une plainte cognitive réelle ;
  • une difficulté dans un autre domaine ;
  • un trouble encore très discret ;
  • une maladie dont la mémoire n’est pas le premier symptôme ;
  • des difficultés fonctionnelles qu’un test ponctuel reproduit mal.

Le résultat rassurant doit donc être confronté à l’histoire clinique.

Lorsque les proches décrivent une dégradation progressive malgré un test préservé, le suivi peut être plus informatif qu’une conclusion définitive à partir d’une seule consultation.


Peut-on refaire le test pour suivre la mémoire ?

Oui, le RL/RI-16 peut être utilisé dans certains suivis, mais les répétitions doivent être organisées avec prudence.

Une personne peut mieux réussir simplement parce qu’elle :

  • connaît désormais le principe ;
  • anticipe les catégories ;
  • a déjà vu certains éléments ;
  • utilise une stratégie apprise lors de la première passation.

C’est l’effet d’apprentissage.

Des listes alternatives validées peuvent être utilisées lorsque plusieurs évaluations sont nécessaires.

Pour interpréter l’évolution, le professionnel compare également les circonstances, les normes, les autres tests et la situation quotidienne.

Une différence de quelques points n’indique pas automatiquement une amélioration ou une aggravation réelle.


Peut-on faire le test de Grober et Buschke soi-même à domicile ?

Essayer de reproduire l’épreuve chez soi réduit fortement sa valeur.

Plusieurs erreurs sont possibles :

  • utiliser une mauvaise liste ;
  • modifier les catégories ;
  • laisser davantage de temps ;
  • donner involontairement des indices ;
  • ne pas respecter les tâches d’interférence ;
  • mal compter une intrusion ;
  • utiliser un seuil provenant d’une autre version.

La répétition peut en plus contaminer une future évaluation professionnelle.

Une personne préoccupée par sa mémoire gagnera davantage à noter des exemples précis d’oublis survenus dans la vie quotidienne et à les présenter à son médecin.

Se préparer au test risque de rendre le résultat moins informatif précisément au moment où l’on cherche à comprendre la mémoire réelle.


Quand une plainte de mémoire mérite-t-elle une consultation ?

Une plainte occasionnelle n’est pas forcément anormale, particulièrement pendant une période de stress ou de fatigue.

Un avis devient davantage pertinent lorsque les difficultés :

  • sont nouvelles et progressives ;
  • se répètent de plus en plus souvent ;
  • sont remarquées par l’entourage ;
  • touchent des informations récentes importantes ;
  • provoquent des erreurs dans les médicaments ;
  • perturbent les comptes ou les démarches ;
  • entraînent une désorientation ;
  • réduisent l’autonomie quotidienne.

Le médecin pourra rechercher des causes réversibles ou traitables et déterminer si un bilan neuropsychologique est utile.

Le test de Grober et Buschke n’est donc qu’une étape possible parmi plusieurs examens.


Quand un trouble de mémoire devient-il une urgence ?

Une dégradation lente de la mémoire n’a pas le même sens qu’une confusion apparue en quelques minutes ou quelques heures.

Il faut appeler le 15 ou le 112 si une personne présente brutalement :

  • une confusion importante ;
  • un trouble soudain de la parole ;
  • une faiblesse d’un bras ou d’une jambe ;
  • une déformation du visage ;
  • une perte brutale de la vision ;
  • une difficulté soudaine à marcher ;
  • une perte de connaissance ;
  • un mal de tête brutal et inhabituel.

Ces signes peuvent correspondre à une urgence neurologique ou médicale et ne doivent pas attendre un rendez-vous de consultation mémoire.

Une confusion aiguë chez une personne âgée peut également accompagner une infection, un trouble métabolique, une déshydratation ou un effet médicamenteux.

Un changement cognitif brutal relève d’abord d’une évaluation médicale urgente, pas d’un test neuropsychologique programmé.


Quelles erreurs faut-il éviter en lisant un compte rendu RL/RI-16 ?

Un compte rendu contient souvent plusieurs chiffres qui ne mesurent pas exactement la même chose.

Il faut éviter de :

  • regarder uniquement le total ;
  • confondre rappel libre et rappel total ;
  • ignorer l’encodage initial ;
  • négliger le rappel différé ;
  • interpréter une intrusion isolée ;
  • appliquer un seuil universel ;
  • ignorer l’âge et le niveau d’études ;
  • conclure à Alzheimer sur un seul score ;
  • comparer des versions différentes ;
  • oublier les circonstances de passation.

Le profil complet est généralement plus informatif que le résultat d’un seul sous-test.

Il est utile de demander au professionnel quels scores sont réellement atypiques par rapport aux normes appliquées et quel mécanisme ils semblent refléter.


Tableau récapitulatif : comment lire les principaux résultats ?

Résultat Ce qu’il explore Point de vigilance
Encodage immédiat Apprentissage contrôlé des 16 éléments Vérifier que l’information a bien été enregistrée
Rappel libre total /48 Récupération spontanée sur trois essais Ne pas l’interpréter sans le rappel indicé
Rappel total /48 Rappel libre plus bénéfice des indices Un résultat bas malgré l’indiçage mérite une analyse
Sensibilité à l’indiçage Efficacité des indices pour récupérer les oublis La formule dépend du protocole
Reconnaissance Identification des éléments déjà appris Observer aussi les fausses reconnaissances
Rappel libre différé /16 Récupération spontanée après le délai Le comparer à l’apprentissage initial
Rappel total différé /16 Informations récupérées après indiçage différé Un faible bénéfice peut évoquer un défaut de stockage
Score anormal isolé Une performance ponctuelle Ne permet jamais un diagnostic à lui seul

Mini FAQ

Combien de mots comporte le test de Grober et Buschke ?

La version francophone RL/RI-16 couramment utilisée comporte 16 éléments. D’autres versions du Free and Cued Selective Reminding Test existent, d’où l’importance d’identifier précisément le protocole avant de comparer des scores.

Quel est le score maximum au RL/RI-16 ?

Le rappel libre cumulé sur trois essais peut atteindre 48 points et le rappel total, qui inclut les éléments récupérés avec indices, également 48. Les rappels libre et total différés sont chacun cotés sur 16.

À partir de quel score faut-il s’inquiéter ?

Il n’existe pas un seuil brut unique adapté à tous les seniors. L’interprétation doit utiliser les normes correspondant à la version du test et tenir compte notamment de l’âge, du sexe, du niveau d’études et du contexte de passation.

Pourquoi les indices sont-ils si importants ?

Ils permettent de vérifier si une information qui n’est pas retrouvée spontanément devient accessible lorsque sa catégorie est rappelée. Un bénéfice important oriente davantage vers une difficulté de récupération, tandis qu’un bénéfice faible peut faire suspecter un trouble du stockage.

Un mauvais test signifie-t-il maladie d’Alzheimer ?

Non. Certains profils sont fréquemment observés dans la maladie d’Alzheimer, mais une performance basse peut avoir d’autres causes. Le diagnostic repose sur l’ensemble de l’histoire clinique, des capacités quotidiennes, du bilan cognitif et, lorsque nécessaire, d’examens complémentaires.

Pourquoi le rappel différé est-il réalisé après environ 20 minutes ?

Ce délai permet d’examiner la conservation des informations après une période occupée par d’autres tâches. Le professionnel compare ce qui avait été appris avec ce qui peut encore être retrouvé spontanément puis grâce aux indices.

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